1923, la première Bugatti aux 24 heures
Bugatti suscite en Alsace
fascination et nostalgie.
Carlo Bugatti est une figure du
milieu artistique Milanais. Ettore Arco Isidoro Bugatti, son fils ainé, voit le jour le 15 septembre 1881
à Milan. Ettore fréquente l’académie des beaux arts mais très tôt il se
passionne pour la mécanique, il sera constructeur. D’abord apprenti chez Prinetti
& Stucchi, il participe dés 1901 à la conception d’un tricycle à moteur
puis conçoit le type 1, un prototype équipé de quatre mono cylindres.
Il s'engage dans des compétitions et réalise son premier exploit dans le Bordeaux Paris. Il est sur le point de terminer second lorsque qu'un réservoir crevé l'oblige à abandonner. Il remporte, sur un tricycle Prinetti animé par un moteur De Dion, la course Vérone-Mantoue.
L’association avec De Dietrich
Eugène De Dietrich est un
industriel Alsacien. Il se lance très tôt dans l’automobile et sur les
recommandations de son cousin Adrien de Turckheim, il achète le brevet d’Amédée
Bollet. La victoire lors de la course Paris Amsterdam forge la réputation de la
voiture. On s’arrache le modèle à la cadence d’une voiture par mois. Lors de
l’exposition automobile de Milan en 1902, De Dietrich découvre le prototype (le type 2) d’une
voiture légère à quatre cylindres et rencontre son concepteur, un jeune
technicien. Le jeune homme s’appelle Ettore Bugatti, il n’a que 17 ans. Eugène
De Dietrich reconnait en lui un talent
d’exception et l’embauche le 2 juillet 1902. Bugatti s’installe à
Niederbronn ou il conçoit les Dietrich Bugatti type 3 jusqu’au type 7. La
commercialisation des voitures est confiée à Emile Mathis. La collaboration prend
fin en 1904. Bugatti accuse De Dietrich d’incapable qui fera faillite et De
Dietrich réplique que Bugatti n’arrivera jamais à rien. Finalement, l’histoire
prouvera que les deux avaient tort.
L’association avec Emile Mathis.
Émile Ernest Charles MATHIS est né à Strasbourg le 15 Mars 1880. C’est un fils d’hôtelier,
son père tenait l’hôtel de la ville de
Paris, rue de la Mésange.
En 1898 il fonde son garage, Auto-Mathis-Palace. Bugatti et Mathis se connaissent bien, Les deux hommes ont préparé ensemble la course Paris-Madrid 1902 mais la 'De Dietrich' n'est pas admise au départ. Le 31 mars 1904,
ils se lient sous contrat. Emile Mathis obtient la « licence Bugatti »
pour le monde entier et s'engage à rémunérer l'inventeur italien selon
le nombre de modèles produits, plus un intéressement si les coûts de
production baissent. Ancien mécanicien chez De Dietrich, Ernest Friderich est aussi embarqué dans l'aventure. c'est un jeune mécanicien plein de talents qui deviendra par la suite ami et pilote. Bugatti rejoint Mathis comme chef ingénieur et
va concevoir la Hermes,
une grosse cylindrée construite dans les ateliers de la SACM (Société Alsacienne de
Construction Mécanique) à Illkirch graffenstaden. Ettore
Bugatti s’installe rue de la Nuée Bleue, au troisième étage d’un
bâtiment qui deviendra plus tard le siège des Dernières Nouvelles
d’Alsace. Sans surprise, ses premiers dessins et prototypes ressemblent
aux modèles qu’il concevait pour De Dietrich-Niederbronn. Mais plus
légers, les châssis présentent aussi des améliorations techniques comme
la boîte 4 vitesses ou les soupapes d’admission placées en haut du
moteur.
L’aventure
dure deux ans. Bugatti et Mathis mettent fin
à leur collaboration. Ettore
Bugatti est Attiré par les voitures de sport et de luxe et Emile Mathis préfére investir sur des voitures légères, populaires
et surtout bon marché. Emile
Mathis construira en 1911 sa propre usine au sud de Strasbourg, dans la
nouvelle zone industrielle de la Plaine des Bouchers.
Ettore obtient un prêt de la Darmstadt Bank. M. Muller, propriétaire de la laverie industrielle située à la Niederbourg à Illkirch lui loue un de ses ateliers. Bugatti se lance dans la fabrication de nouveaux modèles.
En juillet 1907, Ettore Bugatti part chez
Deutz(Gas Motor Fabrik Deutz) à Cologne ou il y conçoit les types 8, 9
Parallèlement et avec l’aide de
son fidèle ami Félix Kortz, il crée le type 10 (la Baignoire).
Le 25 février 1907, il épouse Barbara Maria
Guiseppina Mascherpa, avec laquelle il aura quatre enfants, deux fils et deux
filles.
Fin 1908, Etorre Bugatti grand amateur de chevaux, donne le nom de PUR-SANG à ses voitures
Naissance de Jean le 15 janvier
1909
Le 15 décembre 1909, Deutz et Bugatti cessent leur collaboration. Aidé par son ami Espagnol, le Baron Augustin de Vizcaya, l'un des principaux actionnaires de la Darmstadt Bank, Bugatti
décide de créer sa propre société. Il s'installe à Noël 1909 à
Molsheim, (en Alsace alors annexée par l’Allemagne) dans une teinturerie
désaffectée dont la
propriétaire, Melle Geisser, vient de cesser l'activité. La Hardtmühle
est constituée de deux ateliers, d'une maison d'habitation ainsi que d'un
terrain qui pourra servir à une éventuelle expansion
.Le dessinateur Félix Kortz et le mécanicien Ernest Friderich le suivent dans cette aventure. Ernest Friderich recrute les premiers ouvriers. Vente de cinq Type 10.
Dès 1910 commence la fabrication
du Type 13, première voiture portant la célèbre marque Bugatti symbolisée par
deux fers à cheval. 75 exemplaires sont vendus en un an. C’est une voiture avec
un frein à main sur le tambour arrière, avec mâchoire en fonte frottant sur le
tambour et, sur la transmission, un frein au pied.
Ettore Bugatti conçoit dès 1911
une petite voiture légère à deux places dont il envisage de vendre la licence à
un autre constructeur afin de financer ses prochaines réalisations. Proposé
tout d'abord aux marques allemandes Deutz et Wanderer, le prototype Bugatti est
refusé outre-Rhin, avant d'être approuvé par la direction de Peugeot qui débutera
la production de cette voiture dans l'usine de Beaulieu (Doubs) à la fin de
1912, après la signature d'un contrat entre les deux parties au mois de
novembre 1911. C’est le type 19, la « Bébé Peugeot », 4 cylindres de 855 cm3 produite à 3095 exemplaires.
Sur le plan sportif, Bugatti
remporte ses premières victoires avec le type 13. C’est le début d’une longue
série de succès. Les bolides bleus, « Les purs sangs de Molsheim » vont
tout gagner sur une période de 25 ans. (Plus de 2000 succès entre 1924 et 1934
et un total de plus de 4000 victoires en course).
4 juin 1911, Gilbert et M. de
Viscaya (Le fidèle banquier) imposent les Bugatti type 13 dans les classes d’alésage 65mm et 80mm
lors du Meeting de la Sarthe.
26 mai 1912, nouvelles victoires Bugatti
au Meeting de la Sarthe.
23 juillet 1912 Grand Prix de
France au Mans. Le petit type 13 motorisé par le 1,3L termine 2ème
derrière la grosse Fiat dix fois plus puissante.
Le Type 18,
uniquement destiné à la compétition, fait son apparition au Meeting du Mans en
mai 1912. Cette voiture sera baptisé « Roland-Garros », du nom du célèbre
aviateur qui, en 1913 achète le châssis 474.
En 1914, l'entreprise de Mosheim est réquisitionnée par les autorités allemandes. Ettore Bugatti, ressortissant Italien quitte l'Alsace pour rejoindre Milan emmenant avec lui deux voitures et enterrant sur place trois moteurs. En novembre 1914, Ettore et sa famille regagne Paris.
Le 23 Mai 1915, date de l'entrée en guerre de l'Italie, Ettore est mobilisé en France et entre au service technique de l'aéronautique militaire. Il y conçoit deux moteurs d'avions. Un 8 cylindres de 220 cv et un
16 cylindres de 410 CV. La mise au point est difficile, mais le projet intéresse les Américains. Une mission Bugatti avec Friderich part aux US.
Après l’armistice de 1918, l'Alsace redevient
française et le Patron revient à Molsheim. Le bâtiment est écroulé et les machines-outils démontées et inutilisables. Pour retrouver des fonds, il vend
des licences (Diatto, Crossley, Rabag) . Dés mars 1919, des les châssis sortent des halls de montage à la cadence de dix par mois.
1920, Ettore Bugatti achète le château Saint Jean datant de 1857. A proximité immédiate de l'usine, c'est la vitrine commerciale de l'entreprise. Le château ne sert toutefois pas de domicile à la famille,
même si Carlo Bugatti et son épouse Teresa, les parents d’Ettore, ont
passé leurs dernières années au sein d’une des remises de ce petit
château.
1920, c'est aussi c’est le retour à la compétition. Le patron est
présent sur tous les circuits.
Ettore Bugatti c’est le Patron,
il est fascinant, inventif et extrêmement rigoureux, il supervise absolument
tout, il maitrise tout. Lorsque les pièces sont achevées et leur qualité technique validée, le Patron y appose ses initiales à l'aide d'un poinçon marquant chaque pièce de sa griffe faite d'un E renversé adossé à un B. Les ateliers Bugatti ont la réputation d’être hyper
ordonnés, c’est la propreté Bugatti. Rien ne traine. Tous les samedi, c’est le
grand ménage, les établis sont nettoyés à l’essence, les étaux démontés et
remontés, rien n’est laissé au hasard, c’est une propreté de salon. Tout
résonne Bugatti, de l’outillage au chiffon, tout est signé Bugatti. Un mélange
d’inspiration Italienne mêlée à la rigueur Rhénane. C’est efficace mais surtout
très beau.
29 aout 1920, Grand Meeting
au Mans. La coupe internationale des voiturettes est dominée par les Bugatti.
Victoire de Ernest Friderich sur le type 13 à moteur 16 soupapes avec la bagatelle de
plus de 20 minutes d’avance.
Au cours de l’année 1921, les succès Bugatti vont s’enchainer.
8 septembre 1921, Lors du Gran Premio delle Veturette à Brescia en Italie, c’est une écrasante domination des purs sangs de Molsheim. Les type 13 terminent aux quatre premières places. Friderich l’emporte à la moyenne de 115 km/h devant ses co-équipiers, de Vizcaya, Baccoli et Marco. Ce triomphe, qui apporte la gloire à la marque, donnera son surnom « Brescia » à la Bugatti Type 13 et à ses dérivés dotés du 16 soupapes. Ce moteur possède les cotes de 68 x 100 millimètres, soit 1453 cm3. En course, il développe 40 ch, entraînant la Bugatti Type 13 à 140 km/h.
16 juillet 1922, c’est le Grand Prix de Strasbourg disputé
sur 800 km.
Le circuit est un triangle reliant Duttlenheim-Entzheim et Innenheim. (C’est
sur la ligne droite entre Duppigheim et Entzheim que Jean Bugatti perdra la vie
en 1939). Les Bugatti type 29/30 équipées d’un 8 cylindres 2L terminent 2eme et
troisième. Initialement les voitures sont équipées avec des carrosseries
épousant le réservoir identiques aux Brescia de course, mais peu de temps avant
la compétition, celles-ci sont remplacées par une carrosserie profilée, avec
une section centrale circulaire partant du radiateur à la pointe arrière où
sortait l'échappement. Ces carrosseries sont immédiatement comparées à des cigares.
Il n’y avait pas de soufflerie à l’époque, mais on devine l’aérodynamique d’une
goutte d’eau.
(Le tracé du
circuit de Strasbourg sera réutilisé en 1926 pour le " Grand Prix
Automobile d’Alsace " réservé aux catégories 1100cc, 750cc, et 500cc.
Bugatti finira aux trois premières places dans la catégorie 1100).
Alors que deux des quatre
voitures ayant disputé le GP de France à Strasbourg avaient déjà été vendues,
deux pilotes, le prince Pierre de Viscaya et le Comte Louis Zborowski, se
décident alors à acheter les deux voitures restantes pour les faire préparer en
vue des 500 miles
d'Indianapolis. Des carrosseries monoplaces furent dessinées par le français
Bechereau 'designer' d'avions et le tout exécuté à Paris par le carrossier
Lavocat & Marsaud. 5 Bugatti sont au départ. La course se dispute comme
d'habitude le 30 Mai et les Bugatti se défendent honorablement aux essais, avec
les 5 6 et 7ème temps avec une vitesse de pointe de plus de 176 km/h autour de
l'anneau. Mais lors de la course elle-même, lorsqu'il fallut maintenir si
longtemps de telles vitesses, le système de lubrification ne tint pas la
distance et entraîna de fatales défaillances au niveau des roulements.
Ironiquement, l'argentin Martin de Alzaga avait justement commandé des moteurs
avec roulements lubrifiés mais Bugatti avait oublié de respecter sa demande.
Quatre abandonnent sur ennuis de lubrification et le prince Cystria, sur la
cinquième, réussit à se classer neuvième.
26 et 27 mai 1923. Le Mans. Les
constructeurs sont invités à faire la preuve que des machines sorties de leurs
chaînes –ou de leurs catalogues– sont capables, avec un homme à bord et un
lest variable de respecter des moyennes horaires comprises entre 38 et 66km/h. Bien
que destiné aux constructeurs, deux Bugatti Brescia sont engagées par des
privés pour cette première édition des 24 heures du Mans. L’usine ne s’engagera
officiellement qu’à partir de 1931.
On dénombre 33 engagés dont 3
dans la classe 1100-1500. Dans cette classe de cylindrée, les deux Brescia
devront lutter avec la Corre
la Licorne. Le règlement est peu avantageux pour les petites 1500. En effet, les
voitures de plus de 1100 cm3 doivent disposer de 4 places, et un lest de 60 kg par place inoccupée doit-être
embarqué sous la forme de sacs de sable. Pesant initialement 610 kg, les Bugatti embarquent
donc 180 kg
de sable supplémentaire en sus du conducteur. (Une sorte de bride avant
l’heure). Les conditions sont extrêmement difficiles. La pluie est omniprésente
et la piste est boueuse. Selon C.Moity et JM Teissèdre dans la partie
historique de l’annuel 1994 consacré à Bugatti, une pierre va percée le
réservoir de la no 29. Son pilote, Pierre Marie devra se résoudre à faire un
aller retour Arnage-Stand à pied afin de dépanner sa voiture. En effet,
l’obligation est faite au pilote de réparer seul, sans aucune intervention
étrangère. La Bugatti
no 28 termine 10ème et 1ère de sa classe.
Avec 1795,248 km en 24
heures, la Bugatti
1,5L no 28 établit par la même occasion un nouveau record du monde de distance
dans sa classe de cylindrée. Chargée comme les grosses voitures d'un poids égal à 4 personnes et portant une lourde carrosserie tôle, elle a battu le record du tour et réalise une moyenne de 90 km/h malgré sa petite cylindrée.
Bugatti Brescia 16S N°28
Catégorie 1101 à 1500
Moteur L4 Bugatti 1496 cm3
Pilotes
Max de Pourtales(Fra)
Sosthene De la
Rochefoucauld(Fra)
Course 10ème
Distance 1795,248 km – 104 Tours
Moyenne 74,802 km/h
Bugatti Brescia 16S N°29
Catégorie 1101 à 1500
Moteur L4 Bugatti 1496 cm3
Pilotes
René Marie(Fra)
Louis
Pichard(Fra)
Course 22ème
Distance 1415,484 km - 82
tours
Moyenne 59,978 km/h
Le 2 juillet 1923, lors du GP de
France à Tours, Bugatti aligne les 4 ‘Tanks’, c’est le début de l’aérodynamique.
Moteur 2L, freins hydraulique, profils d’ailes d’avion, la voiture atteint 175 km/h mais la tenue de
route est médiocre. Friderich termine
3ème
Bibliographie
MCSinfo Robert Schuman Strasbourg
Les 24 heures du Mans 1994 - C Moity/JM Teissedre
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