Ford affiche clairement la couleur. L'apprentissage est terminé et le constructeur américain vient cette fois au Mans pour triompher. Ford Dispose de moyens financiers alors inédits et d'une logistique sans précédent. Ferrari, roi du Mans depuis 1958 n'est pas la pour faire de la figuration. La lutte s'annonce ouverte.

 
 
En 1964 et 1965, Ford MK II et Ferrari GTO ont prouvé leurs qualités de vitesse. En 1965, Graham Hill a porté le record au tour à 222 km/h. La domination Ferrari serait-elle mise en cause ? À 16 heures, au pied de la tribune officielle, Henri Ford II vient d’abaisser le drapeau à damier. Il n’est pas venu pour rien...
 

En dépit de l'échec de 1965, l'état major de Ford considère que la Mark II à moteur 7 litres offre un potentiel suffisant pour vaincre les Ferrari. Après six mois de tests intensifs, les nouvelles Mark II A ont progressé dans tous les domaines (freinage, tenue de route, refroidissement, aérodynamique) mais leur capacité à tenir sur de longues distances reste une inconnue.

Un triplé aux 24 heures de Daytona, suivi d'un doublé à Sebring tendent à prouver que les efforts sont allés dans le bon sens. Ferrari, de son côté, tente de se rassurer en minimisant le succès de Daytona, alors qu'à Sebring, la seule P3 engagée, dévoila un potentiel voisin de celui des MkII, pour ses débuts.

Rassurés par la prestation de leur nouveau prototype qui s'impose ensuite à Monza (en l'absence de Ford), puis à Spa (face à une MkII "fatiguée"), les hommes de Ferrari savent pourtant que la loi du nombre joue en leur défaveur. Les grèves font rage en Italie et seules deux P3 au lieu des quatre programmées ont vu le jour à la mi-mai.

Ce contexte lourd se fera sentir au Nürburgring, où la seule P3 devra s'incliner face à la Chaparral, puis à la Targa Florio où cette fois, la superbe voiture rouge subira la loi des Porsche 906. Au Mans, le déséquilibre sera encore plus flagrant, d'autant que la Scuderia ne se présente pas sous son meilleur jour. Le jeudi précèdent la course, John Surtees a préféré claquer la porte de l'équipe, plutôt que d'être cantonné à un rôle de pilote de réserve par Dragoni, le maladroit directeur sportif. Ferrari se privait ainsi de son meilleur atout avant l'une des plus rudes batailles qu'elle allait devoir livrer.

 

Un match Ferrari Ford

Ford, comme prévu, étale toute sa puissance en alignant pas moins de huit Mark II, à moteur 7 litres - 475 ch. Carroll Shelby et Hollman/Moody se sont partagés la préparation de six voitures confiées à Gurney - Grant, McLaren - Amon, Hulme - Miles, Andretti - Lucien Bianchi, Bucknum - Hutcherson et Hawkins - Donohue. Alan Mann, le responsable de l'antenne britannique de Ford, s'est vu attribuer deux nouvelles MkII qu'il confie à Graham Hill - Muir et Gardner - Whitmore.

Une impressionnante armada soutenue par cinq Ford GT 40. Parmi celles-ci, les deux voitures du Team Essex Wire (très proche de John Wyer) semblent les mieux préparées. Elles sont aux mains de Revson - Scott et de Neerspach associé à un débutant nommé Jacky Ickx !

24h lemans 1967 ford

 

Toujours sous la bannière américaine, la Chaparral à moteur Chevrolet de Phil Hill - Bonnier semble bien esseulée pour espérer jouer un rôle de premier plan.

Ferrari de son côté présente trois 330-P3 (V12-4 litres/400 ch) pour Bandini - Guichet, Scarfiotti - Parkes et Pedro Rodriguez - Ginther (sous la bannière du NART). L'effectif est complété par quatre 365 P2/P3 à moteur 4.4 litres pour "Beurlys" - Dumay (Francorchamps), Mairesse - Herbert Müller (Filipinetti), Gregory - Bondurant (NART) et Attwood - Piper (Maranello). Une 275 LM pour les Belges Gosselin - de Keyn complète la présence Ferrari dans la "grande" catégorie, alors que trois Dino 206 feront face en 2 litres à une meute de Porsche 906. La tache sera sans doute plus facile en GT pour les trois Ferrari 275 GTB/C opposées à une seule Porsche 911.

24h lemans 1966 ferrari
 

Toujours dans le clan italien, la présence de deux Bizzarini (dont un nouveau spider), d'une Serenissima et deux petites ASA à moteur 1300, est plus anecdotique.

Porsche, qui affiche des prétentions légitimes en 2 litres, a fourni un gros effort en présentant six Porsche 906. Trois d'entre-elles dotées de carrosseries longues et de moteur à injection sont alignées en catégorie prototype et confiées à Siffert - Davis, Herrmann - Linge et Schutz - de Klerk. Les "jeunes" Klass - Stommelen se partagent un modèle conventionnel (carrosserie courte et moteur à carburateurs), de même que Gregg - Axelsson et Buchet - Koch. Outre les Ferrari Dino, elles trouveront sur leur route les nouvelles Matra 620 à moteur BRM. La marque française qui effectue ses débuts au Mans n'a pas hésité à engager trois voitures pour Beltoise - Servoz Gavin, Jaussaud - Pescarolo et Schlesser - Rees. La présence française est également assurée par l'équipe Alpine Renault, venue en force avec pas moins de six coupés A 210 et par trois CD à moteur Peugeot. Les Britanniques se font discrets cette année avec deux Austin Healey Sprite et une petite Marcos pilotée par Jean-Louis Marnat et un autre débutant qui inaugure une longue présence au Mans : Claude ballot Léna.

 

Aux essais, les Ford font parler la poudre

Gurney se hisse en pole position avec un tour à plus de 230 km/h de moyenne et il est suivi par trois autres MkII qui battent, elles aussi, le record établi en 1965 par Phil Hill sur la première version de la Ford 7 litres. La première Ferrari P3, de Ginther-Rodriguez, vient ensuite à près de trois secondes et les "vieilles" P2/P3 sont reléguées à plus de 15 secondes ! 

 

La course 

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Dès le départ, donné par Henri Ford II, les MkII prenent la tête.

Jusqu'à 22 heures, la lutte reste toutefois indécise et profitant de leur plus faible consommation, les P3 de Rodriguez et Scarfiotti s'emparent du commandement. L'espoir sera de courte durée pour "les Rouges". Scarfiotti pris dans un carambolage abandonne, la voiture de Bandini, ralentie par sa transmission est distancée et renoncera à son tour. Seuls Rodriguez et Ginther, résistent, mais la P3 souffre aussi de sa boîte de vitesses et peu avant la mi-course, elle ne repart pas de son stand. Dès lors, la course est jouée et la seule incertitude consiste à savoir laquelle des Ford va s'imposer. Trois MkII se sont détachées du lot, celles de Gurney (qui a battu le record du tour en égalant son temps aux essais !), de Hulme et de McLaren.

A 10 heures du matin, Gurney abandonne et Bucknum hérite de la 3e place. Plutôt que de risquer de tout perdre dans un duel stérile entre les voitures de McLaren - Amon et Miles - Hulme, le directeur sportif de Ford, Shelby, tente alors un coup : il demande aux deux équipages leaders de franchir la ligne ensemble. Un inédit dans les annales des "24 heures".

 

16 heures, Ford triomphe

McLaren et Amon remportent l'épreuve.

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Un triomphe pour Ford au terme d'un duel trop vite écourté avec Ferrari qui laisse un peu le public sur sa faim. Il lui suffira de patienter un an. Dans l'euphorie du moment, Henri Ford a décidé de remettre son titre en jeu. Le compte à rebours de ce qui s'annonce comme la "la course du siècle" a déjà commencé.  

 

Porsche avec sa 906, se classe 4eme, 5eme, 6eme et 7eme. Formidable triplé des Alpines A 210 au classement du rendement énergétique. Piers Courage, associé à Roy Pike, remporte la catégorie GT sur une Ferrari 275 privée.

Vidéo de l'INA

 

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