John GreenwoodJohn Greenwood, pilote légendaire de Corvette, est décédé à l'âge de 71 ans. Lui et son frère Burt étaient les fils d'un dirigeant de General Motors. Ils ont grandi dans l'environnement des voitures et de la compétition, avenue Woodward dans la banlieue de Detroit. Sa 'Spirit of le Mans' reste dans la mémoire de tous les passionnés des 24 heures du Mans.
 
 

John Greenwood est passionné par la vitesse et la mécanique. Il dispute ses premières compétitions peu après ses 16 ans sur une Pontiac de 1955 avant de poursuivre sur des Chevrolet Impala et enfin Corvette vers 1964.

Dans une interview, Greenwood a raconté l'histoire de ses premières courses ; "J'ai commencé par installer de gros blocs NASCAR dans ma voiture. J'assemblais les moteurs et je les modifiais dans le sous-sol  puis les portait à travers la maison. Lorsqu'une voiture était terminée, je la revendais puis j'en recommençais une autre. Mon style de conduite rendait mes parents fous".

Greenwood s'est d'abord fait connaître en tant que constructeur de moteurs en intégrant de gros blocs dans des petites voitures engagées dans des 'courses de rues' au début des années 1960 avant de remporter le SCCA, le championnat de voitures de production, sur une Corvette au début des années 70.

A la fin des années 1960, les succès avec les Corvettes incitent Greenwood à créer son entreprise, spécialisée dans les voitures et les moteurs de course, Auto Research Engineering (ARE). L'objectif est d'installer des moteurs surpuissants et d'utiliser au maximum l'aluminium pour gagner du poids.

Il deviendra plus connu lorsqu'il installera de gros blocks dans ses tonitruantes Corvettes L88 qui domineront les compétitions de la fin des années 1960 et au début des années 1970.

Greenwood explique: «Je suis passé sur des Corvettes assez tôt en achetant une Silver en 1964,  je n'avais que 19 ou 20 ans à l'époque. J'étais le premier à monter un 427S. Il a fallu quelques modifications du châssis. La voiture était allégée et équipée avec des suspensions qui se comportaient beaucoup mieux.

1972 Après la victoire avec son coéquipier Dick Smothers aux 12 heures de Sebring 71 en GT, Greenwood est approché par BF Goodrich afin de promouvoir les pneus radiaux T/A de la marque sur les circuits. La Corvette disposera de pneus de série dans les compétitions.
 

24 heures du Mans 1972.
Les Corvettes comptent parmi les favorites de la catégorie GT. Drapées aux couleurs de la bannière des Etats Unis, elles sont les grandes vedettes de la deuxième journée du pesage. D.Yenko, blessé à une cheville et J.Cordts retenu pour une course aux USA sont remplacés dans la Sarthe par Alain Cudini et Bernard Darniche.

L'adaptation de Bernard Darniche au volant de la surpuissante américaine est immédiate puisqu'il réalise le meilleur temps de la catégorie aux essais en seulement 6 tours.
28 : John Greenwood / Dick Smothers / Cudini - 4'31''2 - 40ème temps aux essais
72 : John Greenwood / Alain Cudini / Bernard Darniche - 4'18''8 - 16ème temps aux essais

La course : La Corvette #72 est arrêtée au drapeau noir. Son becquet avant se détache. Greenwood en profite pour ravitailler et laisser sa place à Cudini. Greendwod relaie alors Smothers sur la seconde Corvette qui occupait la 9ème. Greenwood se hisse rapidement en tête des GT mais un changement de plaquettes occasionne une perte de trois tours.
18h Greenwood s'arrête pour un ravitaillement de routine mais au moment de repartir, le moteur reste muet. On change sans succès la batterie avant de commencer à changer le démarreur. Un commissaire attentif les prévient que s'ils changeaient cet accessoire, ils seraient immédiatement mis hors course. Après 1h15 pour réparer le pignon d'attaque, la Corvette reprend la piste.

Des changements de plaquettes à répétitions vont retarder les deux voitures.
Un changement de bougies sur la #28 immobilise la voiture plus d'une heure.
 
A 19h00, tous les espoirs de bien figurer se sont envolés.
Les deux Corvettes déposeront définitivement les armes durant la nuit. Moteur serré sur la #
2,  pistons troués sur la #28


24 heures du Mans 1973
Seconde venue au Mans pour l'équipe US. La voiture est la plus puissante du plateau, peut-être 650 CV mais c'est également la plus lourde avec 1450kg sur la bascule.
#29 John Greenwood / Bob Johnson / Jim Greendyke - 4'19''5 - 34ème temps
#68 Don Yenko / Ron Grable / John Greendyke - 4'30''8 non partante

La liste des 55 qualifiés sera publiée le vendredi matin et fera grincer quelques dents chez BF Goodrich. La 68 qui s'était pourtant qualifiée le mercredi, ne figure plus sur la liste des concurrents. Elle avait été endommagée dans un accident de la circulation le jeudi matin et les organisateurs ont cru comprendre qu'elle ne serait pas réparable.

Durant la course, de nombreux changements de roues vont pénaliser la bonne marche de la #29. Elle abandonne à 19h15 après avoir coulé une bielle.
 

Spirit of Sebring
En dehors des Corvettes, John Greenword est également à l'origine du renouveau du circuit de Sebring. En 1973, la piste de Sebring a perdu son accréditation FIA et l'édition de 1974 est annulée suite à la crise pétrolière. Sans compétitions, le circuit est menacé de fermeture. C'est alors que Bill France Sr. et John Bishop ont demandé à Greenwood de promouvoir les 12 Heures de Sebring en 75 et 76. Le succès a dépassé les objectifs car les records d'engagements sont pulvérisés et surtout, la piste fût sauvée.
 

1974, Après le succès obtenu sur la piste par les Corvettes équipées de gros blocs, Greenwood va les équiper  de larges carrosseries aérodynamiques. Au salon de Detroit, il présente la C3, une voiture de compétition sur la base de la populaire Sting Ray.  La voiture débute en compétition lors des 6 heures à Road Atlanta.

Il triomphe dans le championnat SCCA Trans Am en 1975, remportant trois des sept courses de la saison.
 

24 heures du Mans 1976 
Suite à la crise pétrolière et à un règlement instable, la course d'endurance Mancelle cherche à rebondir mais les concurrents ne se bousculent pas. Afin d'obtenir un plateau de choix et d'être certain d'avoir la surpuissante et très médiatique Corvette sur la grille de départ, l'organisateur va octroyer à John Greenwood un chèque de 55.000$. Le temps est hélas trop court pour construire une nouvelle voiture. Greenwood va emprunter à Rick Mancuso le châssis 007, une voiture préparée pour le championnat IMSA.

La belle américaine porte le n°76  et arbore une livrée dédiée au bicentenaire de la fondation des Etats Unis d'Amérique.

L'équipe s'installe à Arnage, dans les locaux de la station Le Mat.
Du côté des pilotes, John Greenwood est épaulé par son frère Burt. Jacques Laffite, alors jeune espoir en F1, devait être le 3ème pilote mais finalement c'est le rallyman Bernard Darniche qui partage le volant de l'auto.
 
Corvette spirit of le mans
Spirit of Le Mans au pesage 1976 (C) Jean-Claude Hatet
 
Une boite de vitesse grippée empêche Darniche de se qualifier. La notoriété et le talent du futur Champion d'Europe des rallyes sont suffisants pour obtenir l'approbation de l'ACO afin de participer à la course. Avec un temps de 3'54''600, la Corvette est en 9ème position sur la grille.

En course, la Corvette se montre véloce. Elle est en 8ème position à la fin de la 1ère heure. Une première crevaison stoppe Greenwood. Darniche, qui lui succède au volant, est victime de l'éclatement d'un pneu, il peut cependant rejoindre les stands.

28ème tour. A peine réparée, Darniche reprend la piste mais il est victime de la même mésaventure et heurte le rail. Le réservoir est endommagé. Tant bien que mal, Darniche reprend la piste mais la chaleur et les vapeurs l’incommodent au point qu'il s'arrête sur le bas-côté avant de perdre un instant connaissance. Après une vingtaine de minutes pour reprendre ses esprits, Darniche reprend la piste au ralenti pour rejoindre les stands. Les suspensions sont endommagées mais c'est surtout le réservoir qui pose problème. Les mécaniciens tentent de monter celui d'une autre américaine, mais ce dernier mesure un pouce de trop. A 20h45, la Corvette 'Spirit of Lemans' abandonne.


Greenwood et ses légendaires Corvettes de compétition sont des icônes de l'histoire Corvette. Ses réalisations sont devenues des objets de collection, certaines se sont négociées au-dessus du million de dollars lors de ventes aux enchères récentes.