Lune de miel au Mans pour Emile Mathis

Emile MathisÉmile Ernest Charles MATHIS est né à Strasbourg le 15 mars 1880. C’est un fils d’hôtelier, son père tenait l’hôtel de la  ville de Paris, rue de la Mésange à Strasbourg. Son avenir le prédestine à la reprise de l’établissement. En 1892, il part en apprentissage en Angleterre mais à son retour il se lance avec passion dans la vente d’automobiles.

 

 

En 1898 Emile Mathis fonde son entreprise de vente et de réparation d’automobiles à Strasbourg, « Auto-Mathis-Palace » et acquiert une concession exclusive pour la vente des automobiles De Dietrich-Niederbronn, licence Amédée Bollée.

L’association avec De Dietrich

Eugène De Dietrich est un industriel Alsacien. Il se lance très tôt dans l’automobile et sur les recommandations de son cousin Adrien de Turckheim, il achète le brevet d’Amédée Bollet. La victoire lors de la course Paris Amsterdam forge la réputation de la voiture. On s’arrache le modèle à la cadence d’une voiture par mois. Lors de l’exposition automobile de Milan en 1902, De Dietrich  découvre le prototype (le type 2) d’une voiture légère à quatre cylindres et rencontre son concepteur, un jeune technicien. Le jeune homme s’appelle Ettore Bugatti, il n’a que 17 ans. Eugène De Dietrich reconnait en lui un talent  d’exception et l’embauche le 2 juillet 1902. Bugatti s’installe à Niederbronn ou il conçoit les Dietrich Bugatti type 3 jusqu’au type 7. La commercialisation des voitures est confiée à Emile Mathis. La collaboration prend fin en 1904. La firme De Dietrich-Niederbronn arrête la fabrication d’automobiles. Bugatti accuse De Dietrich d’incapable qui fera faillite et De Dietrich réplique que Bugatti n’arrivera jamais à rien. Finalement, l’histoire prouvera que les deux avaient tort.

L’association avec Bugatti

Bugatti et Mathis préparent ensemble la course Paris-Madrid 1902 mais la 'De Dietrich' n'est pas admise au départ.

« E.E.C. Mathis »  (Emile Ernest Charles) obtient les monopoles pour la vente de nombreuses marques dont De Dietrich, Panhard-Levassor, Rochet-Schneider, Minerva, FIAT sur l’Allemagne et les pays voisins.

Le 31 mars 1904, Bugatti et Mathis se lient sous contrat. La société "Mathis & Co" obtient la « licence Bugatti » pour le monde entier et s'engage à rémunérer l'inventeur italien selon le nombre de modèles produits, plus un intéressement si les coûts de production baissent. Ancien mécanicien chez De Dietrich, Ernest Friderich est aussi embarqué dans l'aventure. C'est un jeune mécanicien plein de talents qui deviendra par la suite ami et pilote. Bugatti rejoint Mathis comme chef ingénieur et va concevoir la Hermes, une grosse cylindrée construite dans les ateliers de la SACM (Société Alsacienne de Construction Mécanique) à Illkirch Graffenstaden. Ettore Bugatti s’installe rue de la Nuée Bleue, au troisième étage d’un bâtiment qui deviendra plus tard le siège des Dernières Nouvelles d’Alsace. Sans surprise, ses premiers dessins et prototypes ressemblent aux modèles qu’il concevait pour De Dietrich-Niederbronn. Mais plus légers, les châssis présentent aussi des améliorations techniques comme la boîte 4 vitesses ou les soupapes d’admission placées en haut du moteur.

 

1906 Bugatti et Mathis se séparent

L’aventure dure deux ans avant que Bugatti et Mathis ne mettent fin à leur collaboration. Ettore Bugatti est attiré par les voitures de sport et de luxe et Emile Mathis préfère investir sur des voitures légères, populaires et surtout bon marché.

Automobiles Mathis - StrasbourgMathis engage l’ex ingénieur De Dietrich, Esser, ainsi que son fils.

1911 Les premières petites Mathis sortent de la nouvelle usine de la plaine des bouchers à la Meinau.

La nouvelle installation est désormais le long de la route de Colmar. (Citroën Meinau s'y trouve aujourd'hui)

 

Mathis et la compétition

13 Aout 1905 Grand Prix Bleichroeder

Ettore Bugatti sur une Mathis Hermes termine 6ème à la cote du Kosselberg puis lors de l'épreuve en palier.

15? Aout 1906 Coupe Lederlin

La coupe Lederlin est organisée sur les 9 km de la route du Ballon d'Alsace avec une pente moyenne de 6.83%.  Le départ est donné à Saint Maurice de Moselle et l'arrivée à la frontière du Haut-Rhin. Emile Mathis sur Mathis termine 2ème de la catégorie 6 (Châssis de 18.001 à 21.000 Francs).

13 et 14 Juin 1907 La coupe de l’Empereur – Kaiserpreis  - kaiserpreis - Circuit de Taunus - Allemagne

Devant la famille impériale,  Emile Mathis au volant de la Mathis n°22A engagée en catégorie ‘course’ termine 23ème.

14? Juillet 1909

Semaine d’Ostende. Mathis sur Fiat termine 1er de la classe ‘tourisme’ dans les épreuves du kilomètre et des dix kilomètres.

13 juin 1910  El Mundo Desportivo relate les victoires de Mathis sur Fiat à San Sebastian dans l’épreuve du kilomètre lancé et dans la monté du mont Igueldo (Sans précision de date).

3 septembre 1910 Coupe Bollinger  - Adliswil - Suisse

Course de côte de 6 km avec des pentes à 8%, Mathis sur Fiat remporte la victoire en 4m45

25 juin 1911 Coupe des Voiturettes – Boulogne-sur-mer – 12 tours soit 623,808 km

45 engagés / 31 partants /  13 à l’arrivée

Organisée par l’Auto, la course rassemble des voitures proches de la série.

Le règlement impose un quatre cylindres de 3L maxi, un poids minimum de 800kg, une carrosserie avec deux places, des ailes garde-boue et des marche-pieds. Les départs sont donnés de 30 en 30 secondes.

Mathis sur la Mathis n°11 blanche représentant l’Allemagne termine 13ème.

1) Bablot (Delage) - 2) Boillot (Peugeot) -  3) Thomas (Delage) - 4) Guyot(Delage)  5) Porporato(Grégoire) - 6) Burgess (Calthorpe) 7)Reid (Arrol-Johnston) 8)De Resta(Arrol-Johnston)  9) De Marne (Grégoire) - 10) De Vere (Cote) - 11) Woelmont (Excelsior) - 12) Hodge (Arrol-Johnston 13) Mathis (Mathis)

23 juillet 1911 Grand Prix de France – Le Mans  

Emile Mathis est sur la liste des partants sur une Fiat en catégorie 2 mais il ne prendra pas le départ.

25 et 26 juin 1912 Grand Prix de l’ACF et Coupe de l’Auto – Dieppe

Esser sur Mathis - Grand Prix de Dieppe 1912

47 concurrents – 13 au départ du Grand Prix et 34 à la coupe de l’Auto

25ème après le 1er jour, Esser sur la Mathis n°12 arrive douzième avec une moyenne supérieure à 80 km/h. Grace à ses pneumatiques Continental , il n’a pas eu à changer de pneus durant tout le week-end.

Grand Prix  1) Boillot (Peugeot) - 12) Esser (Mathis)

Coupe de l’Auto 1) Victor Rigal (Peugeot) - 2 Resta (Sunbeam) - 3 Médinger(Sunbeam)

 

1912 selon le site rvccb,

Au Salon de Bruxelles de 1912 réapparaît la marque HERMES (ou MATHIS-HERMES ou encore MATHIS type HERMES) produite cette fois par l'Usine " s.a. Appareils Mécaniques et Engrenages " de Bressoux. Il s'agit de véhicules dérivés des MATHIS et comportant trois modèles à moteur monobloc désaxe et soupapes latérales : la 8/10 (65 x 110), la 12 (70 x 120) et la 16 (90 x 120). Ces voitures légères et économiques s'illustrèrent brièvement en compétition, enlevant la “Coupe du Roi” au Grand Prix du RACB de 1912, se distinguant également à la “Coupe de la Meuse” et à la course de côte de “Spa-Malchamps”. La firme se mit en liquidation au début de 1914.

 

21 juillet 1912 Grand Prix de l'Automobile Club Belge

La course se dispute par équipes de 3 voitures. La firme Hermes (Belgique) aligne trois voitures de type Sport 12 HP. Moteur 4 cylindres (72.8x120). Au ravitaillement de la société anonyme des appareils mécaniques et engrenages, autrement dit Hermes, M. Dambiermont surveille l'exellente régularité de son équipe. L'équipe belge Hermes représentée par Esser #5, Simon #17 et Sauvenière #24 remporte la coupe de la chambre syndicale de Belgique.

La Coupe Paul d'Aoust attribuée au meilleur conducteur va à Sauvenière.

21-25 septembre 1912 – Meeting de Spa - Belgique

Au programme, une suite d’épreuves de régularité et de courses chronométrées sur 5 jours.

Trois Mathis-Hermes belges sont engagées en catégorie 1 (Voiture de tourisme jusqu’à 2 litres) et une en 'course'

N°3 Mullejans - N°4 Julien - N° 5 Souvenière - N°9 (ou 52 ?) Esser, engagé dans la catégorie ‘voitures de course’.

Au cours de la deuxième journée, les concurrents doivent escalader la rampe de Spa-Malchamps trois fois (3x5km avec un dénivelé de 700m). Esser sur la Mathis-Hermes réalise de 2ème chrono de la catégorie 1 (jusqu’à 2 litres).La dernière journée est intitulé « Coupe de la Meuse ».

Au classement général final tourisme, Mullejans termine 4ème sur sa Mathis-Hermes devant Sauvenière.

En catégorie course, Esser termine 2ème. (Il est possible qu'il disposait d'une Mathis et non d'une Mathis-Hermes).


A la même date que l’épreuve belge, se dispute le Rallye de Saint Sébastien en Espagne.

21-25 septembre 1912 - Rallye automobile de San Sebastian - Espagne.

Mathis au Rallye de San Sebastian 1912

L’épreuve se termine par la montée du Mont Ulia. En catégorie 1, voiture ouverte, Emile Mathis sur Mathis Baby remporte la victoire et termine second toutes catégories.  Sa performance est saluée par le Roi d’Espagne en personne.

 

1913 L’entreprise Mathis prend de l’ampleur et compte 175 ouvriers


12 Juillet 1913 Grand Prix de l’ACF - Circuit de Picardie Amiens – 916,800 km

Esser sur Mathis - Grand Prix de l'ACF 1913

Le départ est retardé à 5h30 pour cause de brouillard.

Emile Mathis et sa femme sont présents pour encouragé Esser .

Comme porte bonheur, Esser embarque une figurine de petit cochon à bord de sa Mathis n°4 blanche

La petite Mathis s’élance mais devra abandonner peu après son 8ème tour. L’accueil qui est fait à la voiture alsacienne est peu sympathique car le public un peu simpliste y voit une voiture allemande et se croit obligé de lancer des pierres à son passage. La cause de l’abandon est du à un chauvinisme déplacé des spectateurs qui croyaient que la Mathis était une voiture allemande et ignoraient que la fabrique Mathis est avant tout alsacienne, c'est-à-dire plus que française. Conséquence : Sifflets sur toute la route et jets de pierres lancées contre l’infortuné Esser.

L’article de l'Aéro

Faisons donc savoir à nos lecteurs que M. Mathis père servit dans l’armée française en 70 et combattit les Prussiens ; Que les Mathis sont Alsaciens et non Allemands et ont à ce titre droit à toute notre sympathie. Seule l’ignorance de ces faits peut (et encore bien peu) excuser ces actes stupides, car enfin nous avons été bien reçus au Taunus. Nous demandons donc que les années suivantes, une couleur spéciale soit réservée à l’Alsace-Lorraine pour éviter de si fâcheuse confusion.

Le résultat de cette hostilité fût qu’Esser, quoique Français lui-même, ayant fait son service à Lunéville, faillit être lynché et qu’il hésite fortement à encourir les risques d’une nouvelle exhibition en public. Esser est le fils de l’ancien directeur des usines De Dietrich.

Nous sommes certains que quand le public saura, les pierres et les sifflets seront remplacés par des bouquets et des hourrahs.

 

1) Boillot (Peugeot) 7h53’56’’ -  2) Goux (Peugeot) 7h56’22’’ - 3) Chassagne (Sunbeam) 8h06’20’’ - 4) Bablot    (Delage) 8h16’13’’

 

Le voyage de noce d’Emile Mathis 

Lundi 4 et mardi 5 aout 1913 – Grand Prix de l'UMF – Le Mans – 10 tours – 540,06 km

Organisation ACSO (Automobile Club de la Sarthe et de l’Ouest)


La destination du voyage de noce d’Emile Mathis est la ville du Mans et la finalité du voyage est peu banale : Participer au Grand Prix de France aux côtés de sa jeune épouse sur une voiture de sa propre marque.

Mme Mathis attire les regards et les commentaires sont unanimes : Gracieuse et  jolie

Les voitures sont obligatoirement peintes aux couleurs affectées à chaque nation participante. En tant qu’alsacien, Emile Mathis fût prié de peindre sa voiture aux couleurs allemandes. Il s’y refusa énergiquement et, après de longues discussions, les organisateurs l’autorisèrent enfin à peindre sa voiture aux couleurs françaises.

La course se déroule sur 5 tours. Emile Mathis est heureux et confiant. Il est inscrit par erreur en cyclecar mais il court bien dans la catégorie « voiturette » de 1.100cm3 et de poids libre. C’est une «Babylette» de 1057 cc. La Mathis bleue porte le numéro 36.

Pour protéger sa charmante passagère des jets de pierres soulevées par les roues du véhicule, une aile unique est montée au-dessus de  la roue avant gauche.

Les départs et les arrivées se font aux Hunaudières au carrefour de la route d’Arnage. Sur le parcours, 25 commissaires veillent à la sécurité et auront à leur disposition trois drapeaux de couleurs pour informer les pilotes.

Le jaune prévient qu’un concurrent arrive derrière et que l’on doit tenir sa droite

Le bleu signifie un ralentissement pour cause d’encombrement sur la piste

Le rouge est un signal d’arrêt absolu.


8h50 Les voitures de la catégorie ‘voiturette’ partent derrière une voiture pilote qui les amène jusqu’à la ligne de départ qu’elles passent à bonne vitesse. La Mathis est en 5ème position de sa catégorie.

A la fin du premier tour, la Mathis passe en 4ème position. On ovationne la toute gracieuse Mme Mathis qui n’a pas craint de partir aux côtés de son mari comme mécanicien.

A la fin du 2ème tour, l’équipage des tourtereaux alsaciens est en 3ème position.

A la fin du 3ème tour, la Mathis est 2ème de sa catégorie.

La Mathis courre en ‘touriste’ mais elle fait une démonstration vraiment remarquable. Elle tourne comme un chronomètre.

LeMans 1913 - Emile Mathis et sa Femme au GP de France

Emile Mathis accompagné de sa jeune épouse passe en triomphateur la ligne d’arrivée. La petite «Babylette» des jeunes mariés termine seconde de sa catégorie derrière la Ronteix de Muraour.

Emile Mathis dans un climat international d’entre guerres tendu affirmait sans souci de représailles son appartenance française à une époque ou il était dangereux de le faire.

 

Bibliographie

L’Alsace Automobile

BnF/Gallica - Le Temps - L’Aéro

El Mundo Desportivo

A visiter

http://club.mathis.free.fr

http://www.mathis-auto.com