Le Mans, 26-27 Mai 1923 Grand Prix d'endurance Coupe Rudge Whitworth

En 1922, à Paris, Georges Durand, président de l’ACO, Charles Faroux, journaliste à La vie automobile et Émile Coquille, directeur de Rudge-Whithworth, discutent d’un projet de nouvelle course, différente des " Grands Prix ".

Georges Durand "Qu'est-ce donc que le Grand Prix d'Endurance et pourquoi cette épreuve s'inscrit-elle désormais au palmarès des grandes manifestations automobiles sous le nom de Coupe triennale Rudge-Whitworth ? Chacun connaît la renommée, désormais bien assise, du Circuit Permanent de la Sarthe et sait qu'en dehors des G.P. de l'A.C.F., dont le théâtre change chaque année, il ne s'organise guère en France d'épreuve un peu importante à laquelle le nom de notre Circuit ne reste attaché. C'est pourquoi, lorsque M. Coquille, administrateur pour la France des roues métalliques Rudge-Whitworth, conclut le projet d'organiser pour les automobiles de tourisme une épreuve de nuit comportant un concours de phares, il pense dès l'abord au Circuit de la Sarthe et s'ouvrit de ses intentions aux administrateurs de l'A.C.O.. Or, il se trouva que, par une coïncidence heureuse à cette même époque, l'A.C.O. préparait de son côté l'organisation d'une épreuve d'endurance de 24 heures pour la même catégorie de véhicules. Qui dit endurance dit par la même résistance de tous les organes d'une voiture, aussi bien les appareils d'éclairage -l'oeil de l'automobile- que ses organes moteurs. De plus, dans une durée de 24 heures, il y a forcément, M. de la Palisse ne nous démentira pas, un jour et une nuit, une nuit pendant laquelle les phares ont un rôle important à jouer. Ainsi se trouva-t-il qu'on pouvait faire d'une pierre deux coups et telle fut l'origine des Coupes triennales attachées au Grand Prix d'Endurance".

L'idée est née, ce sera une épreuve d’endurance pure. L’idée d’une course de voiture de tourisme sur 24 heures est retenue. Elle sera primée par la somme de 100 000 francs. Courrons des voitures de catalogue. Elles devront en fonction de leur puissance, assurer une moyenne de 38 à 66 km/h. Le but est de récompenser d'un challenge attribué après 1925, l'équipage parcourant le plus grand nombre de tours.

La première édition du "Grand Prix d’Endurance de 24 heures — Coupe Rudge-Whitworth" se déroule le 26 mai 1923, malgré le mauvais temps qui plane sur les trente-trois engagés, la course est étonnament animée et remporte un vif succès, particulièrement au virage de Pontlieue, où les bolides relancent toute leur puissance pour aborder la longue droite de la route de Tours. Pluie et orage rendent les conditions de course très difficile. La piste est recouverte de terre, ce qui ne facilite l'adhérence.

Les meilleurs atteignent près de 150km/h en vitesse de pointe. Avec des conditions de course dantestes et des phares symboliques, les pionniers ont eu beaucoup de mérites. Lorraine-Dietrich, Amilcar, Excelsior, Bugatti… et deux Bentley s’alignent pour une course de gentleman drivers.

Départ des 24 heures 1923

Le départ est donné à 16h00, le chronométreur M. Carpe abaisse le drapeau et libère les bolides.

Georges Durand en a rédigé le récit en ces termes : "Trente-cinq voitures, appartenant à dix-huit constructeurs, étaient engagées pour le Grand Prix ; trente-trois se trouvaient en ligne le 26 mai, à 16 heures, devant les tribunes des Raineries. La pluie, elle aussi, était en ligne et durant cette journée de records elle eut à coeur évidemment de battre aussi les siens et fit preuve d'une endurance qui ne parvint toutefois à lasser ni celle des concurrents, ni celle des spectateurs. Le départ fut impressionnant, non seulement parce qu'il eut lieu au milieu d'une véritable trombe de grêle, mais parce que -formule nouvelle en harmonie avec une épreuve nouvelle- le signal fut donné simultanément à tous les véhicules rangés suivant l'ordre des cylindrées. A peine le drapeau s'est-il abaissé que voici l'envolée dans la pluie qui fouette, dans la boue qui gicle avec les cailloux arrachés à la route détrempée. Les grosses voitures en tête déjà se toisent, se tâtent et tentent de se dépasser, cherchant la route libre, puis, au bout de la file, les cyclecars s'appliquent à ne pas se faire lâcher par leurs gros confrères..."

Les voitures tiennent le choc des 24 heures. Trois abandons. C’est très peu, extremement peu. Les performances sont frappantes (les premiers ont parcouru plus de 2000 kilomètres) si frappantes que déjà certains noms résonnent comme des légendes : Bentley, Bugatti-Brescia, Chenard & Walcker, Exclesior, Berliet. Et puis il y a les premiers, tout de même, Lagache et Léonard, qui, sur la n°9, une Chenard & Walcker bleu France, devancent une autre Chenard, une Bignan, une Bentley ; entrant dans la postérité à 92 km/h de moyenne.

Départ des 24 heures 1923

Document L'EQUIPE

 

Naissance d'une légende

- Les stands ressemblent a un long comptoir, ou les membres des équipes peuvent s'accouder.

- Ravitaillements avec d’énormes brocs, sur le bord de piste, parfois en double file…

- La ronde nocturne des voitures dont les phares éclairent les énormes encarts publicitaires (la passerelle Dunlop existe déjà)...

- Un embryon de village derrière les tribunes, avec cinéma et orchestre et un balisage jaune orangé des routes avec des lampes à acétylènes et des projecteurs militaires.

Bentley termine 4eme, mais aura sa revanche à partir de l'éditon des 24 heures de 1924