André HallerA l'époque, la voiture était un sport de « gentleman », ça ne rapportait rien d'autre que le plaisir de participer sans aucune intention de « percer » au sens actuel. Bien sûr, une victoire était appréciée à sa juste valeur, mais les 'gentlemen driver' avaient peu de chance face aux quelques professionnels très entraînés.
 
 
 
André Haller est l'heureux possesseur d'une magnifique Datsun 240 Z préparée en groupe 4 avec laquelle il a occupé des positions flatteuses, tant à Montlhéry qu'au Mans (2h ACO), avant d'abandonner sur ennuis d'embrayage mais en étant classé les deux fois ! C'est dire que le bonhomme et le taxi (1.100 kg pour 220 CV environ... face aux Carrera groupe 4...) forment un heureux ensemble. Mais, le plus beau de tout, c'est que le « nouveau » est en fait un dilettante au sens vrai du mot, et, qu'en plus, il a atteint la cinquantaine !

Naturellement il y a d'autres anciens qui courent toujours, mais ce sont des professionnels de l'auto qui n'ont jamais débrayé et ils sont tout de même peu nombreux. Par contre, André HALLER n'a rien à voir avec la profession automobile, en dehors de sa passion pour les « belles du passsé et la belle mécanique », puisqu'il mène un bar bien connu à Strasbourg (Le Restaurant Chez Yvonne). C'est là que nous avons essayé de le faire parler du bon vieux temps, mais avec lui ça n'est pas facile. A la longue, nous avons pu obtenir quelques renseignements : adjudant-chef de l'armée de l'air, André s'est promené pas mal à travers les nombreux territoires anciennement sous contrôle français et cela, ne lui a jamais vraiment permis de se lancer à fond dans le sport auto.

Pourtant, il fait, dès 1947, un peu de Moto-Cross (c'est pas hier...) puis il prend une licence auto en  1954, mais c'est seulement en 1956 qu'il fait son premier rallye. Le premier Rallye de Printemps, sur coupé Olympia avec un sergent infirmier comme navigateur. Ils prennent aussi sec 3 minutes et plongent au fond du classement, mais cela leur vaut des éloges dans les journaux pour leur sportivité, car ils se sont arrêtés pour secourir des concurrents qui venaient de faire un tonneau. Toujours en 56, André HALLER bricole une Simca Grand Sport et écume nombre de rallyes sans grand succès, car il ne dispose pas d'assez de temps et sa voiture n'est vraiment pas l'idéal ; c'est le cas aux « Violettes » où il casse la voiture.

En 57 il est à Djibouti, et il participe à plusieurs courses de côte sur un spyder Porsche 1500, belle voi-ture, quoique déjà un peu surclassée. Enfin, il dispute le Grand Prix du Sénégal, mais sort de la piste. N'allez pas croire, malgré la participation de Jo SCHLESSER, que HALLER ait disputé là l'équivalent d'un grand prix moderne... Tout ça peut paraître, en effet, assez décousu, mais ceux qui ont atteint la quarantaine (il y en a...) comprendront plus facilement : à l'époque, la voiture était un sport de « gentleman », ça ne rapportait rien d'autre, pour plus de 90 % des coureurs, que le plaisir de participer sans aucune intention de « percer » au sens actuel (Cf. Pierre de Coubertin). Bien sûr, une victoire était appréciée à sa juste valeur, mais les 'gentlemen driver' avaient peu de chance face aux quelques professionnels très entraînés et c'était normal. De plus, une voiture d'amateur pouvait courir 3 saisons sans ouvrir le moulin (essayez le même truc aujourd'hui, simplement en coupe Gordini, on va bien rigoler...), les pneus, pour leur part, étaient les incroyables savonnettes » style roues de bicyclettes qui équipaient les voitures de série. Vous le voyez, les victoires n'étaient pas facilement à la portée de l'amateur. Tout cela finit d'ailleurs par provoquer un certain découragement chez notre Alsacien, d'autant plus que l'armée se mêlait de la chose.

C'est alors l'interruption jusqu'en 61, où HALLER rentre en France et attaque le Lorraine, avec une belle Austin-Healey. Là, il fait 4e GT ; en 1962, il finit 3e des GT. En 63, c'est l'extase, il s'offre une splendide Mercedes 300 SL « Papillon » avec laquelle il se classe bien en GT au Lorraine, puis dans quelques côtes. En 64, il récidive, toujours avec succès, au Lorraine, mais si la Côte de Marron le voit finir 3e au scratch et 1 er GT, Turckheim le voit surclassé par toutes les Ferrari. Vous le voyez, la course aux armements ne date pas d'hier ! Notre ami tâte alors de la Cooper 1300 S au Marathon de la Route, où il finit 12e au scratch au milieu de « beaux messieurs » (GREDER, IRK). Tout ça ne satisfait quand même pas Dédé. Il se tourne vers l'aviation (civile...) et les vieilles voitures.
 
Tout le monde considère alors qu'il a pris sa retraite, d'autant que, lui-même le dit volontiers, ses résultats n'étaient pas « fumants » et son nom n'avait pas été lancé à tous les échos de la renommée. En 72, le démon de la course reprend ce presque quinquagénaire et, avec JAKUBOWSKI, un pilote Alsacien qui eut son heure de gloire, ils engagent une Opel Kadett Tuning au « Monte ». Ils casseront malheureusement leur pompe à huile en Pologne. HALLER engage alors une 907 à Turckheim et... il crève un piston. Toutes ces contreperformances ne découragent pas notre « vieille tige » ; en 73, il repart pour le Monte-Carlo, avec LORANG, sur une Alpine. Ils occupent la première place du groupe 3 et sont éliminés dans la célèbre affaire du Burzet.

Alors, ce fanatique se lance dans la préparation en groupe 4 d'une Datsun 240 Z. Vous nous direz qu'il faut du courage pour tenter la chose et les difficultés rencontrées par cet équipage, durant la saison, vous donnent raison. Malgré tout, à Turckheim (avec des sticks sous la Pluie) il figure au classement bien qu'assez loin. C'est ensuite quelques tentatives en courses de côte, mais sans pont autobloquant elles ne peuvent guère aboutir, et beaucoup ont alors tendance à lui prêcher la retraite définitive. Peine perdue, car André HALLER court d'abord pour son plaisir, comme au bon vieux temps et il attaque 74 au Mans (les 2 heures de l'ACO). Ça vous l'avez déjà lu en temps utile, et vous savez que seul l'embrayage l'a empêché de faire mieux que 17e. Puis à Montluçon, alors qu'il était 7eme l'embrayage le trahit à nouveau, mais il est cependant 25eme au classement final.

Encouragé par de nombreux amis, et surtout grâce à son ami mécanicien BETCH, il travaille a fond la résistance de la mécanique et c'est Magny-Cours, le 1 mai. Nous savons le résultat : 13e du scratch et 7e de classe... la persévérance semble enfin payer. Enfin, nous connaissons maintenant l'ambition secrète de Andrè HALLER : participer au moins une fois aux 24 heures du Mans et, qui sait. devant tant d'acharnement, les Dieux du Sport permettront peut-être à notre ami et à sa belle japonaise de prendre le départ de cette grande épreuve... mais ceci est une autre histoire.

Document de Henri IMBERT / Autocourse
Grâce à l'aimable contribution de Pierre Ichtertz
 
haller andre