Le Mans, 12 et 13 juin 1971

Le duel Ferrari-Porsche repart de plus belle. L'épreuve de 1971 ressemble à la précédente avec sept Porsche 917 et neuf Ferrari dont huit nouvelles 512M (5 litres). Mais que peuvent les dix Ferrari 512 privées (le constructeur est absent) face à trente-trois Porsche… Sept prototypes et vingt-six GT.

 

 

 

En fin de saison 1970, pour concurrencer Porsche, Ferrari a présenté des 512 modifiées. Les 512M avec une nouvelle carrosserie construite sur la même philosophie aérodynamique que les Porsche 917 pouvaient rivaliser sur certaines épreuves avec les Porsche et se permettaient parfois de les devancer. La FIA, soucieuse devant les performances atteintes par ses monstres a alors décidé de mettre un terme à cette catégorie et de limiter la cylindrée des moteurs à 3L pour la saison 1972.

 

Ferrari a donc mis un terme au développement de sa 512M pour se consacrer à son futur prototype 3L, la PB312. Ferrari n'est donc pas présent officiellement dans la Sarthe. Bien meilleur marché que la 917, l'ancien modèle 512S est apparu comme une affaire pour certaines écuries privées. Il faut  lui ajouter les spécifications M pour espérer jouer dans la cours des grands. 

Une Ferrari 512 modifiéé comportant un habitacle rétréci (construit autour d'un pare-brise de Porsche 917) a été engagé par la Scuderia Filipinetti, pour Mike Parkes et Henri Pescarolo, la voiture a été baptisé 512 F.

Roger Penske de son coté a acheté à l'usine un chassis 512M totalement démantelé qu'il a reconstruit en y ajoutant de nombreuses améliorations : un aileron plus important, un système de ravitaillement en carburant inspiré de l'aviation. Il confia la gestion du moteur au spécialiste Traco 

 

24h lemans 1971 ferrari 512 sunoco donohue

Le moteur de la 512M Penske pouvait probablement délivrer la puissance de 600 CV. La voiture est bleue avec des parements jaunes et elle porte les couleurs de Sunoco et d'un concessionnaire Ferrari, Kirk F white. Pole position aux 24h de Daytona, elle termine finalement 2eme malgré un accident. A Sebring, nouvelle pole position mais elle ne terminera que 6eme suite à une touchette avec la 917 de Rodriguez. Elle était ce jour là, la plus rapide sur la piste mais également la plus rapide lors des arrêts ravitaillements. Vaccarella Juncadella engagés par la Escudería Montjuich, Parkes Pescarolo avec la voiture de la Scudería Filippinetti, Posey Adamowicz et Donohue Hobbs pour le Nart représentent Ferrari.

La présence des 512 M « Sunoco » a forcé Porsche à poursuivre son effort de recherche et de développement sur les 917 : La queue de la 917 K a été modifiée. De nouveaux châssis de magnésium ont été développés. Au pesage, on dénombre une demi-douzaine de Porsche 917 modifiées. La nouvelle carrosserie hyper profilée adaptée à la longue ligne droite des Hunaudieres lui permet de flirter avec les 380 km/h. 

24h lemans 1971 porsche 917 longue queue

Cette carrosserie dite 'longue queue' possède des ailes verticales maintenant un large aileron horizontal, un carénage pour les roues arrière. 

Une voiture entièrement nouvelle, le 917/20 a été construite. Sa décoration rose aux couleurs de cochon découpé la rendra célèbre et elle gardera le nom de 'pink pig'.

24h lemans 1971 pink pig

Les Porsche 917 de pointe sont confiées à Elford Larrousse, Rodriguez Oliver, Siffert Bell, Attwood Müller et Van Lennep Marko. 

Matra a engagé une seule voiture, la 660 pour Chris Amon et Jean-Pierre Beltoise.

Ligier engage une JS3. Son moteur est un Ford Cosworth DFV qui fait par la même occasion ses débuts au Mans. Son régime moteur est limité à 8800 t/mn et sa puissance disponible est de l'ordre de 400 CV. 

 

Les essais

 

La différence en vitesse de pointe entre les Grand Tourisme et les prototypes est impressionnante. Lors de la dernière séance d'essai, Jo Siffert arrive dans la portion de Maison Blanche à environ 260 km/h et s'apprête à doubler une voiture beaucoup plus lente. Hélas, le pilote de cele-ci ne l'a pas vu et lui coupe la trajectoire. En voulant l'éviter, Siffert partit en tête-à-queue puis en marche arrière sur plus de 300 mètres, heurta de coté une glissière de sécurité, traversa la piste pour taper de la même façon l'autre barrière, puis, par une chance inouïe, se retrouva dans le sens de la route. Il engagea la 2ème viitesse et rentra au grand ralenti.

Vic Elford, signe la pole postion avec un temps stupéfiant de 3m14, soit plus de 248 km/h de moyenne. Pour la Ferrari Sunoco, on préfère une configuration aérodynamique qui favorise l'appui et la tenue de route. Malgré une vitesse de pointe qui plafonne à 320 km/h, elle réalise le 4ème temps des essais.

 

La course

Le 12 juin 1971 à 16h00. M. Arthur Watson - Ambassadeur des Etats Unis en France et ancien PDG d'IBM -  lâche les bolides

24h lemans 1971 depart  

Pedro Rodriguez prend la tête immédiatement, Le rythme imposé par le Mexicain est stupéfiant et en totale contradiction avec ses déclarations d'avant course. "Nous adopterons un tableau de marche régulier, c'est une course d'endurance pas un grand prix".

 

Les services météorologiques ont annoncé la possibilité de pluie pendant la nuit ; toutes les équipes sont prévenues et se sont préparées pour changer les gommes dans des délais record. Le Mans se gagne sur la piste, mais se perd dans les stands.

 

Mark Donohue reste au contact, récupérant dans les parties sinueuses le temps perdu dans la ligne droite. Profitant du ravitaillement des Porsche, Il prendra un instant la tête de la course.

 

Siffert et Bell qui avaient pris la tête durant la 2eme heure de course sont victimes de divers problèmes et commencent à perdre régulièrement du terrain. Ils perdent 3 places, le temps de refixer un transistor d'allumage. Cet ennui n'est hélas que le début d'une longue série de problèmes....

Elford Larrousse sur la 917 Martini font une bonne course dans le trio de tête. Le Martini Racing Team utilise un systeme ingénieux qui lui permet de refaire le plein de ses Porsche en un temps record. Le ravitaillement en carburant, les pneus et le changement de pilote ne dure que  20 secondes, contre 30 secondes dans l'équipe Wyer et approximativement 50 secondes chez les Ferrari de Filippinetti ou du NART. 

Donohue, Hobbs rencontreront des problèmes moteur et devront abandonner. Ils seront immités peu après par la 917 de Elford, Larousse.

 

24h lemans 1971 porsche 917 rodriguez oliver

 

En tête de la course ont retrouve Rodriguez Oliver devant Attwood Muller. Jackie Oliver rentre hélas au stand avec un arbre de roue cassé. Les rêves de victoire s'envole. Une demi-heure plus tard, la voiture est remise en état et Rodriguez reprend la piste en 6eme position. Il devra hélas s'arrêter un peu plus tard. Une canalisation d'huile s'est rompue et le cockpit est souillé d'huile brulante, le moteur surchauffé a rendu l'âme.

La nuit pour l'équipage Siffert Bell est un véritable cauchemar. La Porsche est victime de défectuosités. Ce sera tout d'abord une panne de l'éclairage, puis un changement des roulements des roues, des problèmes de freins qui nécessiteront une purge et enfin un arrêt pour un nouveau réglage de suspension. Une fissure dans le bloc moteur les oblige à abandonner lors de la 17eme heure.

Bien que n'étant pas les plus rapides sur la piste, Gijs Van Lennep et Helmut Marko qui tournent régulièrement héritent de la tête de l'épreuve peu après 4 heures du matin. A l'aube, la petite Matra 3L de Beltoise Amon est en 2eme position.

 

24h lemans 1971 matra

 

Hélas à 9h40, Chris Amon s'immobilise dans la ligne droite victime d'une panne sèche. La jauge à essence a induit le pilote en erreur et les stands sont trop loin pour envisager de pousser la voiture. Ce sera l'abandon.  

La sagesse de Van Lennep et Marko va les mener à la victoire. Ils appliquent à la lettre les propos d'avant course de Rodriguez. La régularité va les faire triompher.

 

1971 Porsche 917K Marko Van Lennep

Au volant d'une queue courte et d'un châssis magnésium, Ils battront le record de l'épreuve et feront 4 km/h de mieux que Foyt/Gurney en 1967. 

 

Le bilan 

 

"24 Heures Porsche", avec un décompte édifiant. Treize voitures sont classées. Parmi elles, on dénombre dix Porsche. Ferrari est là, mais de la 3ème à la 5ème place. C’est un lot de consolation face à la déferlante Porsche et à la fabuleuse victoire de Lennep-Marko, qui battent le record de distance des Ford (1967) de 100 kilomètres (5335), tandis qu’Oliver porte le record du tour à 244 km/h.

 

Ce sera le dernier combat de titans au Mans entre les monstrueuses Porsche 917 et les fabuleuses Ferrari 512.

 

Ce sera malheureusement aussi la dernière participation pour Jo Siffert et Pedro Rodriguez.

 

Le dimanche 11 juillet 1971, un drame se déroule en Allemagne: Pedro Rodriguez se tue au volant d'une Ferrari au cours d'une épreuve de l'Interserie disputée sur le circuit du Norisring, à Nüremberg.

 

Le 24 octobre 1971, Jo Siffert sur une BRM P60 dispute la World Championship Victory Race sur le circuit de Brands Hatch. Il trouve la mort dans un accident, il avait 35 ans.

 

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