1909-2009 Centenaire Bugatti
1939 Deuxième et dernière victoire de Bugatti au Mans
Le modèle 57S utilisé
comme base pour Le Mans 1937 était à l'époque le châssis le plus sportif mais d'un prix
de revient très élevé. A partir de 1938, le modèle 57 est commercialisé uniquement
avec un châssis standard de 3m30 d'empattement, disponible avec ou sans
compresseur. La base utilisée pour Le Mans 1939 est donc un 57C, plus léger et
surtout plus puissant. La carrosserie « Tank » rappelle la version de
1937 mais pour Le Mans 1939, elle est entièrement en aluminium et ne pèse que
60 kg. Le moteur, le huit cylindres 3257cm3 de la T57G gavé par un compresseur
délivre plus de 200cv à 5.000tr/min et avec des freins hydrauliques, la
nouvelle T57C devrait jouer la victoire mais la concurrence est particulièrement relevée.
24 heures du Mans 1938
Deux Bugatti sont inscrites
aux 24 heures du Mans 1938.
Le pilote anglais Taso Mathieson a engagé une Bugatti privée
mais la voiture n’est pas prête. Le
concurrent britannique s’est toutefois rendu au Mans avec l’espoir de trouver
une Delahaye sur place. Il prendra finalement le départ sur une Talbot aux
côtés de Chinetti.
Le deuxième engagement Bugatti
vient de l’usine. A la dernière minute (12 juin 1938?), la firme de Molsheim
fait savoir qu’elle n’alignera pas de voiture et que l'entreprise préfère se
concentrer sur le Grand Prix de l’ACF.
Samedi 17 juin 1938,
Il n'y a donc pas de Bugatti au départ mais comme le veut la tradition Mancelle, le constructeur
ayant gagné l’épreuve l’année précédente ferme le circuit avant le départ.
15h50, Robert Benoist. Ex champion du monde et dernier vainqueur avec
Wimille prend place au volant d'une superbe Bugatti 57S et ferme le circuit. Les applaudissements
fusent à son adresse mais les spectateurs regrettent que la firme Alsacienne ne
soit pas présente au départ. Le trophée reste toutefois en France. Les
constructeurs français se montrent intraitables, les Delahaye, Talbot et
Peugeot s'octroient les 5 premières places.
3 juillet 1938, Reims Grand
Prix de l’ACF
14h30
Les forfaits sont nombreux et seulement 9 voitures s’élancent pour effectuer
les 64 boucles, soit environ 500 km. Au premier passage, les 3 Mercedes passent en tête,
suivies des 2 Talbot. Plus loin viennent la Sebac et enfin Wimille. La Bugatti Type 59/50 B roule à petite allure et s'arrête à son stand, le moteur fume
exagérément. C'est l’abandon. La voiture n'avait pas tourné aux essais et ne réalise qu'un tour en course....
Janvier 1939,
L’entreprise Bugatti
a de graves difficultés financières et la compétition coute très cher. Ettore
n’a pas la volonté de s’engager au Mans tant que son record de 1937 n’est pas
battu mais Jean se montre convaincant. L’usine engage une seule et unique
voiture. Robert Aumaitre, mécanicien du service course prélève un châssis sur la chaîne de montage.
Juin 1939 XVIème Grand Prix
d'endurance des 24 heures du Mans
La Bugatti T57C
Le modèle 57S utilisé
comme base pour Le Mans 1937 était à l'époque le châssis le plus sportif mais d'un prix
de revient très élevé. A partir de 1938, le modèle 57 est commercialisé uniquement
avec un châssis standard de 3m30 d'empattement, disponible avec ou sans
compresseur. La base utilisée pour Le Mans 1939 est donc un 57C, plus léger et
surtout plus puissant. La carrosserie « Tank » rappelle la version de
1937 mais pour Le Mans 1939, elle est entièrement en aluminium et ne pèse que
60 kg. Le moteur, le huit cylindres 3257cm3 de la T57G gavé par un compresseur
délivre plus de 200cv à 5.000tr/min et avec des freins hydrauliques, la
nouvelle T57C devrait jouer la victoire mais la concurrence est rude.
Les adversaires
- Six talbot, dont
trois 4,5L
- Deux Super Lagonda
V12-4,5L avec suspension avant indépendante par barre de torsion
- Huit Delahaye, dont
six 135MS
- Deux Delage 3L à
boite Cotal.
- Un coupé Alfa Romeo
2500SS piloté par le champion Ardennais Raymond Sommer.
L'Automobile Club de
l'Ouest pour rendre la course plus pimentée a décidé d'attribuer une prime au leader de
la course à la fin de chaque heure. La somme globale avoisine les 100.000
francs. Le record à la
distance de 3.287,938 km réalisé par Bugatti en 1937 risque d'être battu.
Le pesage
L'inquiétude grimpe
car 15 minutes avant la clôture des opérations de pesage, l'Alfa Romeo de
Sommer et la Bugatti 57C ne sont toujours pas là. Raymond Sommer parti
le lundi de Paris pour prendre livraison de son Alfa Romeo à Milan a roulé
sans arrêt. Il arrive en dernière minute aux opérations de contrôle, il précède
la Bugatti 57C.
Les essais
Des essais sont menés
sur le circuit du Mans afin de comparer les performances de la 57S de 1937 et
de la nouvelle 57C.
Jeudi soir en début de la
seconde séance d'essais, Jean Pierre Wimille rentre à pied. La voiture est resté à Maison Banche avec un moteur cassé. Pour Jean Bugatti, c'est terminé. Il n'y a pas de miracle en mécanique et
l'écurie reviendra l'année prochaine.
Robert Aumaitre va chercher la voiture et constate que trois pistons
montés trop juste sont grippés. Robert Aumaitre a découvert la mécanique
automobile dans un garage de Levallois ou il y fait la connaissance de
Pierre Veyron. L'amitié entre les deux hommes est forte et Veyron a imposé l'engagement de son ami en incorporant l'usine
Bugatti en 1932. Forte personnalité au sens propre et au sens figuré, 'Le Grand Robert' est un des hommes de confiance de Monsieur Jean.
Jean Bugatti est à
deux doigts de renoncer à l'épreuve. L'équipe de mécanos, Robert Aumaitre en
tête, arrive à persuader Monsieur Jean de refaire le moteur avant le départ. Le
temps est plus que compté. A Molsheim, il y a un jeu de huit pistons poinçonnés
et après un coup de téléphone à Pierre Marco, on décide dans l'urgence de les faire venir d'Alsace. Deux mécaniciens de l'usine prennent immédiatement l'auto-rail à
Strasbourg en direction de Paris. A leur arrivée à la gare de l'est, Robert
Benoist au volant d'une 57 récupère les nouvelles pièces pour les amener au Mans. Avec
l'aide d'un rectificateur situé près de la gare du Mans, le démontage, le réalésage et le remontage
sont reffectués dans un temps record. Samedi matin, la 57C est prête et
Pierre Veyron file rôder le huit cylindres sur la route de Tours. Le travail
réalisé est phénoménal et à midi, la voiture est sur le circuit.
Samedi 17 juin 1939
16h00 Le temps est
couvert et plutôt lourd. 44 voitures ont
satisfait les opérations de pesage mais une Adler, ainsi que la Riley n°33
victime de son vilebrequin, sont contraintes de déclarer forfait. Durant la
diffusion des hymnes nationaux, l'allemand est copieusement sifflé. Monsieur
Anatole de Monzie, Ministre des Travaux Publics ainsi que Monsieur Joseph
Caillaux, Sénateur de la Sarthe et ancien Ministre des Finances prennent place
pour le départ.
Charles Faroux
abaisse le drapeau tricolore. Sur les 42 voitures garées en épis, seule la
Delahaye n°11 ne parvient pas à démarrer. La Lagonda n°5 de Domson part en tête
suivie par la Talbot n°2 de Chinetti et la Bugatti n°1. Chinetti s'empare de la
tête de la course dans les Hunaudières.
A la fin du 1er tour,
Chinetti devance la Lagonda n°5, la Delahaye n°15, la Bugatti n°1, la Talbot
n°9 et la Delage n°21 pendant que la Delahaye n°11 s'élance enfin.
Dans sa robe
framboise, l'Alfa Romeo n° 25 de Sommer suscite l'ovation.
Dans le troisième
tour, la Bugatti pilotée par Jean Pierre Wimille se hisse en deuxième position
derrière la Delage n°21 de Gérard.
7ème tour, la Delage
possède 22 secondes d'avance sur la Bugatti pendant que Chinetti perd du
terrain
La Bugatti se fait
dépasser successivement par la Delahaye n°15 de Mazaud et la Delahaye n°16 de
J.Paul. Jean Pierre Wimille grippé n'est pas au meilleur de sa forme.
A la fin de la 1ere
heure de course, c'est Gérard sur la Delage n°21 qui empoche la nouvelle prime
de 1.000 francs.
|
17h15
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Ecarts
|
|
1
|
Delage
|
21
|
Gérard
|
|
|
2
|
Delahaye
|
15
|
Mazaud
|
50
secondes
|
|
3
|
Delahaye
|
16
|
J.Paul
|
53
secondes
|
|
4
|
Bugatti
|
1
|
Wimille
|
1min
10''
|
|
5
|
Talbot
|
4
|
Heldé
|
|
18h30 L'Alfa Romeo de
Sommer-Prince Bira s'arrête au stand pour un changement de bougies puis pour
un remplacement du joint de culasse.
|
19h00-3ème
heure
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
|
1
|
Delage
|
21
|
Gérard-Monneret
|
|
2
|
Delahaye
|
15
|
Mazaud-Mougin
|
|
3
|
Talbot
|
7
|
Morel-Bradley
|
|
4
|
Talbot
|
2
|
Chinetti-Mathieson
|
|
5
|
Talbot
|
9
|
Lebegue-Levegh
|
|
6
|
Delahaye
|
18
|
Contet-Brunet
|
|
7
|
Bugatti
|
1
|
Wimille-Veyron
|
19h30 Le Prince Bira
sur l'Alfa Romeo reprend enfin la piste, mais les chances de victoire d'une
voiture italienne se sont envolées. Mazaud attaque Gérard et prend la tête.
Joseph Paul réalise le meilleur tour à plus de 152 km/h de moyenne.
20h00 Mazaud a couvert 593,648 km/h en 4h2m23s soit 148km/h. Gérard sur la Delage le suit de près, Chinetti est 3ème,Le Bègue 4ème, Contet 5ème, Wimille 6ème,Morel 7ème, Paul 8ème. Tous ont couvert 44 tours.
21h30, les phares s'allument. Mazaud, Monneret et Chinetti mènent le train.
La Talbot de
Tremoulet perd énormément d'huile. La fuite cause deux abandons sur sorties de
piste chez Simca.
21h35 La Delahaye
n°11 de Belle-Croix-Serraud se retourne au poste 25
|
22h00
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Ecarts
|
|
1
|
Talbot
|
2
|
Chinetti
|
65t-5h59'27''
|
|
2
|
Delahaye
|
15
|
Mazaud
|
21 secondes
|
|
3
|
Delage
|
21
|
Gérard
|
24 secondes
|
|
4
|
Bugatti
|
1
|
Wimille
|
1 tour
|
|
5
|
Talbot
|
4
|
Hug
|
2 tours
|
Hécatombe pour
Delahaye et Talbot
23h19 La Talbot n°10
de Trémoulet-Forestier victime d'une fuite au réservoir abandonne
0h45 Fin de course
pour la Delahaye n° 16 de Paul-Trévoux sur ennuis mécaniques
1h18 panne mécanique
pour la Talbot n°8 de Massa-Mahé
Le moteur de la
Bugatti chauffe et on enlève le carénage inférieur pour mieux refroidir la
mécanique.
1h22 Talbot n°4 de
Heldé-Nîme abandonne pour trop grand retard
1h50 Bris de ressort
de soupape sur la Delahaye n°19 de Chaboud-Giraud Cabantous
2h00 On note 16
abandons
2h40 Le record du
tour appartient à Mazaud sur la Delahaye n°15 avec un chrono de 5'12'10
(155,677 km/h). En abordant la
ligne droite des tribunes, la Delahaye n°15 de Mazaud-Mongin prend feu. Le
pilote tente de regagner son stand mais il est contraint de s'arrêter
définitivement face au stand MG.
3h40 Panne mécanique
pour la Talbot n° 7 de Shrubsall-Morel
4h00 La Bugatti est en
3ème position.
4h40 bougies
défectueuses pour la Talbot n° 9 de Lebègue et Levegh
6h15 La Talbot n° 3
pilotée par Mathieson sort de la piste suite à l'éclatement d'un pneu.
6h25 L'axe de pivot
de roue avant cause l'abandon de la Delage n°22
8h30 Wimille s'arrête dans les Hunaudières après une crevaison. Il repart et rejoint les stands avec une roue cassée et un amortisseur endommagé. La Bugatti perd 3 tours et se retrouve 2ème à 5 tours de la Delage.
|
9h00-17ème
heure
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Ecarts
|
|
1
|
Delage
|
21
|
Gérard-Monneret
|
182
tours
|
|
2
|
Bugatti
|
1
|
Wimille-Veyron
|
5
tours
|
|
3
|
Lagonda
|
5
|
Dobson-Brackenbury
|
11
tours
|
|
4
|
Lagonda
|
6
|
Selsdon-Waleran
|
14
tours
|
|
5
|
BMW
|
26
|
Schaumburg
Lippe-Wencher
|
16
tours
|
|
6
|
Delahaye
|
12
|
Villeneuve-Biolay
|
18
tours
|
|
7
|
BMW
|
27
|
Roese-Heinemann
|
19
tours
|
11h00 Très attardée,
l'Alfa Roméo du Prince Bira et de Raymond Sommer abandonne sur soucis de
moteur.
La Delage n°21 de
tête engrange les primes. Sa moyenne horaire est de 142 km/h mais la Bugatti
lui reprend maintenant environ 3 secondes à chaque tour.
12h00 La
Delage n°21 en tête depuis la quasi totalité de l'épreuve s'arrête à plusieurs
reprises. On change tout d'abord les bougies, mais le problème n'est pas
résolu.
La Delage émet un son
bizarre. Un ressort de soupape est cassé et l'échappement déssoudé. L'aide extérieure est
interdite et le ressort de soupape de rechange dissimulé dans un sandwich
n'arrivera pas jusqu'au pilote. Après 42 minutes d'arrêt la Lagonda reprend la
piste mais la course a basculé.
La Bugatti n°1 de Wimille et Veyron en a
profité pour prendre la tête de l'épreuve. C'est l'effervescence dans le public
et le passage de la Bugatti déclenche un tonnerre d'applaudissements .
13h00 Il reste 20
voitures en course. La Bugatti mène avec 2 tours d'avance sur la Delage n°21.
|
13h00-21ème
heure
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Ecarts
|
|
1
|
Bugatti
|
1
|
Wimille-Veyron
|
219
tours
|
|
2
|
Delage
|
21
|
Gérard-Monneret
|
2
tours
|
|
3
|
Lagonda
|
5
|
Dobson-Brackenbury
|
11
tours
|
|
4
|
Lagonda
|
6
|
Selsdon-Waleran
|
11
tours
|
|
5
|
BMW
|
26
|
Schaumburg
Lippe-Wencher
|
13
tours
|
|
6
|
Delahaye
|
20
|
Walker-Connel
|
|
|
7
|
BMW
|
28
|
Brien-Scholz
|
|
14h00 Wimille et
Veyron possèdent maintenant 3 tours d'avance sur la Delage.
|
14h00-22ème
heure
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Ecarts
|
|
1
|
Bugatti
|
1
|
Wimille-Veyron
|
229
tours
|
|
2
|
Delage
|
21
|
Gérard-Monneret
|
3
tours
|
|
3
|
Lagonda
|
5
|
Dobson-Brackenbury
|
11
tours
|
|
4
|
Lagonda
|
6
|
Selsdon-Waleran
|
11
tours
|
|
5
|
BMW
|
26
|
Schaumburg
Lippe-Wencher
|
13
tours
|
|
6
|
Delahaye
|
20
|
Walker-Connel
|
14
tours
|
|
7
|
BMW
|
28
|
Brien-Scholz
|
18
tours
|
15h00 La Bugatti a
couvert 3,238 kilomètres. Dans 50 km Wimille et Veyron dépasseront l'ancien
record. Les conditions de courses sont idéales
15h35 Le record de la
distance est battu au moment ou le Ministre des Travaux Publics, M. Anatole de
Monzie arrive dans les tribunes.
16h00 la Simca-Huit
N° 38 est la première a passer sous le drapeau à damiers. L'équipage Jean
Pierre Wimille – Pierre Veyron sur la Bugatti T57C remporte les 24 heures du
Mans 1939.
|
Arrivée
|
Voitures
|
N°
|
Pilotes
|
Km
|
Moyenne
km/h
|
|
1
|
Bugatti
|
1
|
Wimille-Veyron
|
3.354,760
|
139,781
|
|
2
|
Delage
|
21
|
Gérard-Monneret
|
3.312,222
|
138,009
|
|
3
|
Lagonda
|
5
|
Dobson-Brackenbury
|
3.229,451
|
134,560
|
|
4
|
Lagonda
|
6
|
Selsdon-Waleran
|
3.219,481
|
134,145
|
|
5
|
BMW
|
26
|
Schaumburg
Lippe-Wencher
|
3.188,450
|
132,852
|
|
6
|
Delahaye
|
12
|
Villeneuve-Biolay
|
3.180,287
|
132,511
|
|
7
|
BMW
|
27
|
Roese-Heineman
|
3.106,969
|
129,457
|
Les voitures se
garent une à une face aux tribunes et attendent que les chronométreurs valident
les derniers calculs.
La Bugatti a fait une
course sage et en dehors du soucis de roue, elle a fonctionné comme une
horloge. Le cumul de ses temps d'arrêt au stand est de 27 minutes.
Le Ministre des
Travaux Publics vient féliciter les vainqueurs et la Marseillaise vient saluer
la double victoire française.
- La Bugatti T57C n° 1
à la distance, nouveau record 66,822 km de mieux qu'en 1937.
- La Simca-Huit n° 39 à
l'indice de performance
Le lendemain de la
victoire, la voiture des vainqueurs doit être exposée au public mais en
reculant du garage, la boite de vitesses casse net. Une dent brisée durant la
course s'est glissée entre deux pignons et en désespoir de cause, le tank 57
victorieux en 37 est exposé. Le public n'ont averti n'a rien vu.
|
24 Heures 1939
Bugatti T57C N°1
|
Engagement Jean Pierre Wimille
|
|
Moteur : L8 Bugatti 3287cm3
Avec coef compresseur 5.364 cm3
Pilotes :
Jean Pierre Wimille FRA
Pierre Veyron FRA
|
|
|
Résultats :
Victoire
Distance
3.354,760km - 139,781 km/h
|
5 Aout 1939, la SNCF
annule sa commande pour l'autorail à vapeur, les jours de l'entreprise sont comptés.
Vendredi 11 aout 1939, vendredi noir pour les bleus
Jean Bugatti a 30 ans
et dirige l’usine depuis plusieurs années. C’est un fanatique de vitesse mais
en dehors de la course de côte de Shelsley Walsh sur un Type 53 4WD en 1932 qui s’est hélas terminée prématurément par une
sortie de route, on ne lui connaît pas d’engagement en course. Le Patron a
vite apposé son véto aux envies de compétition de son fils.
Monsieur Jean teste
régulièrement les voitures pour en parfaire la mise au point et aux dires des
pilotes de l’usine, c’est un pilote hors pair. Pour les différents tests, il
utilise la route vers Strasbourg. Du carrefour de la Colonne de Dorlisheim,
jusqu’à Entzheim, c’est une longue ligne droite bordée d’arbres. Cette portion
qui avait été utilisé lors du Grand Prix de Strasbourg de 1922 passe
successivement en bordure des villages d’Altorf, Duttlenheim et Duppigheim.
La T57C victorieuse
aux 24 heures du Mans est engagée au Grand Prix de la Baule. Robert Aumaitre
vient de revoir le tarage des suspensions et a fait deux essais dans le courant
de l’après midi. Jean Bugatti aimerait à son tour tester le comportement de la
voiture avant que les mécanos ne profitent des 15 jours de congés payés.
L'usine ferme durant les 15 prochains jours, toutefois, Monsieur Jean demande
aux mécaniciens du service course de se tenir prêts pour 21h00.
21h00, Robert
Aumaitre chauffe la 57C et rejoint Duttlenheim. A cette heure, la circulation est
faible et il suffit de bloquer les voitures à chaque extrémité du parcours et
aux débouchés des villages pour transformer la route en piste d’essai Bugatti.
En cette fin de
soirée estivale, Jean quitte la table familiale. Au volant de sa T57 Ventoux,
il dépose successivement son jeune frère Roland à Duttlenheim, le garçon
d’écurie au carrefour de Duppigheim et enfin Lucien Wurmser à la station Esso
Joos d’Entzheim.
Jean Bugatti et «Le
Grand Robert » effectuent des allers-retours. Ce dernier accroupi à la
place du passager illumine avec sa cigarette le compte tours dont le
branchement électrique n'est pas terminé. Vu la corpulence de
son mécano dans cet habitacle exigu, la position de conduite n'est pas idéale
et sur le point de rentrer à l’usine, Monsieur Jean décide de réaliser un
dernier passage seul à bord.
Jean Bugatti demande
à Robert Aumaitre de contrôler extérieurement le comportement de la 57C au
passage du dos d’âne. Jean Bugatti repart seul vers Duttlenheim avant de
revenir à grande vitesse. La voiture repasse à près de 200km/h devant son
mécanicien.
Jean-Jacques Metz a 19 ans.
Il est originaire de Mulhouse-Dornach dans le Haut-Rhin et effectue un stage comme télégraphiste
au champ d’aviation d’Entzheim.
22h00, il prend son vélo et regagne Duppigheim
ou il loge. Sur la route, il croise Jean Bugatti. Arrivé près d'Entzheim la Bugatti fait demi-tour et revient en direction de Duppigheim. Jean Bugatti double le cycliste, puis décide de refaire demi-tour en direction d'Entzheim pour un ultime passage.
Il est 22h30 quand Jean-Jacques Metz sur son vélo aborde une légère montée. Dans le sens opposé, Jean Bugatti sur la T57 fonce à 200km/h. Concentré sur son pilotage, il aborde le dos d'ane. Le choc entre la Bugatti et le vélo est terrible. Le jeune Metz est projeté. Le bolide bleu continue sa folle embardée mais les roues gauches de la Bugatti mordent l'herbe et la voiture se déporte encore plus à gauche. 70 mètres plus loin, la roue arrière gauche touche un arbre. Sous l'influence de ce choc, la voiture est déportée sur la droite et va s'écraser contre un arbre 200 mètres plus loin. La voiture est
totalement disloquée et son pilote est éjecté à une quinzaine de mètres.
Alerté
par le bruit, M. Joos et Robert Aumaitre sont les premiers sur les lieux. Jean
Bugatti ne donne plus que de faibles signes de vie. Il semble souffrir de
nombreuses fractures et de multiples blessures internes. Le bas de sa joue
gauche présente une affreuse blessure. Acheminé vers l'Hopital de Strasbourg,
Jean Bugatti succombe avant même son arrivée. Le cycliste gît sur le côté
gauche de la route, il a les poignés brisés et une artère ouverte, son vélo est
pulvérisé. Il survivra a ses blessures physiques mais sa main gauche restera gravement touchée. Traumatisme, maux de tête, méningite, hospitalisation, Jean-Jacques Metz ne se remettra jamais de ses blessures. Il mettra fin à ses jours le 9 septembre 1945.
En dehors du
cycliste, il n'y a pas eu de témoins directs de l'accident.
Ettore Bugatti au
Château de Laeken en Belgique chez son ami le roi Leopold III prend
immédiatement la route de Strasbourg.
Financièrement à
l'agonie, le 11 aout 1939 sera le coup de grâce pour les purs sang de Molsheim.
Le 3 septembre 1939,
la France entre en guerre et le Grand Prix de la Baule 1939 pour lequel Jean
Bugatti préparait la 57C est annulé.
Bibliographie
Le Petit Courier
Mécanicien de Grand Prix - Lucien Wurmser
Les 24 heures du Mans 1994- Teissedre - Moity
Histoire d'une grande bataille pacifique et sportive - Roger Labric
Les Bugatti - Splendeur et passion d'une dynastie - Philippe Aubert
Dernières Nouvelles de Strasbourg
et une multitude de documents de la presse locale
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