Le Mans 1932, Les privés devant les 'usines'
Après une première tentative infructueuse en 1931 ou
l’équipe avait du retirer ses voitures suite à des problèmes de pneumatiques,
l’usine de Molsheim revient en 1932 avec deux Type 55 pour cette 10ème édition
du Grand Prix d’endurance.
Jean Bugatti est associé depuis son plus jeune âge aux
travaux de son père et signe ses premières carrosseries dés l’âge de 20 ans. En
1932, âgé de seulement 23 ans, il conçoit, pour le compte de l’industriel du textile,
Armand Esders, la légendaire carrosserie 2 places du roadster Royale. Ettore Bugatti et son fils Jean atteignent avec leurs
projets et modèles la synthèse parfaite entre art et technique mais suite au
jeudi noir du 24 Octobre 1929, la crise économique est arrivée en Europe. Il
faut se rendre à l’évidence, la
Royale est un gouffre financier et un zéro pointé au niveau
commercial. La voiture est trop chère,
c’est un échec total.
Au contact de la SACM au début de sa carrière, Ettore Bugatti connait bien les trains. Il se tourne vers les chemins de fer pour trouver de nouvelles sources de revenus. C'est en 1932, que l'autorail Bugatti (le Wagon Rapide WR,
d'après la version officielle Bugatti) est conçu par le bureau d'études
d'Ettore Bugatti. En 9 mois, cet automoteur de 800 ch est construit avec des
techniques issues de l'automobile pour écouler les moteurs de la prestigieuse Bugatti
Type 41 plus connue sous le nom de Royale. (Le marché d'état est remporté en 1932, la production commencera en 1933).
Sur le plan de la compétition, Veyron est engagé par Jean
qui a repris entre temps la direction de l’écurie. Pierre Veyron devient pilote
d’essais et ingénieur en charge du perfectionnement des voitures de course.
Le Type 55
Jugé à la fois trop lourd et trop puissant, le Type 40 de
1931 qui avait malmené ses pneumatiques est remplacé par le type 55. Le type 55
est la version routière du type 51 qui évolue en Grand Prix et qui remportera
cette même année les GP de Monaco et de France. Cette voiture est apparut en
1932 et fût construite à 38 exemplaires jusqu’en 1935. Le Moteur est un huit cylindres, compressé, deux arbres à
cames en tête de 2262cc. Avec ses lignes fluides et ses teintes bi-couleurs, ce
roadster est l'une des plus belles voitures construites par Bugatti. Les roues
en alliage des voitures engagées sont coulées en une pièce.
Le Mans 1932
Deux Bugatti Type 55 officielles représentent la firme de
Molsheim.
Les pilotes de Grand Prix, Guy Bouriat et Louis Chiron sont
associés sur la T55
no 15.
Bien qu’appartenant au Compte Czaykowski, la no 16 est prise
en charge par l’usine.
No 15 - Bugatti 55 - châssis 55221 - Guy Bouriat, Fr -
Louis Chiron, MC
No 16 - Bugatti 55 - châssis 55230 - Comte Stanislaus Czaykowski
– Ernest Friedrich
"Voulant sans doute contrer un sort qui au Mans, lui fut
toujours contraire, Louis Chiron qui partage sa Bugatti avec le grand espoir
local Guy Bouriat, a vu grand et loin…! Sur la capote de la Bugatti no 15, les numéros
de courses étaient peints et les propriétés radioactives du produit utilisé
devraient rendre ce numéro lumineux, même de nuit !"
Georges Fraichard – Match – Juin 1932
En dehors des deux Bugatti directement supervisées par
Molsheim, on compte deux engagements privés.
No 23 - Bugatti 40 - Jean Sébilleau, F - Georges
Delaroche, F
No 24 - Bugatti 40 - Charles Druck, Fr - Lucien
Virlouvet, Fr
La concurrence
Les Alfa Romeo 8C
déjà victorieuses en 1931 sont les favorites.
No 8 - Alfa Romeo 8C
– Raymond Sommer – Luigi Chinetti
No 9 - Alfa Romeo 8C
- Lors Howe – Sir Henry Birkin
No 10 - Alfa Romeo 8C - Ferdinando Minoïa – Carlo Canavesi
No 11 - Alfa Romeo 8C - Franco Cortèze – Giovanni Guidotti
No 12 - Alfa Romeo 8C - Ano – Nime
No 14 - Alfa Romeo 8C - Attilio Angelo - Marinoni Guatta
La
Mercedes no 1, la
Stutz no 3, la
Bentley no 5 et la
Talbot no 6 seront des adversaires sérieux à ne pas négliger.
No 1 - Mercedes Benz SSK – Marcel Foucret - Paul.Foucret
No 3 - Stutz DV 32 - Édouard Brisson - Joseph Cattanéo
No 5 - Bentley - Jean Trevoux ‘Mary’
No 6 - Talbot 105 - Brian Lewis – Time RoseRichards
Le Circuit
Le parcours du circuit est ramené à 13.492 km avec la création
de la portion privée du Tertre Rouge. C’est la naissance des légendaires esses
du Tertre Rouge.
Les essais
Aux essais, les Alsaciennes font jeu égal avec les
Milanaises
En dernière minute, l’équipage de l’Alfa Romeo no 14 composé
de Zehender et du Prince Djordjadze est remplacé par la paire Marinoni-Guatta.
18 juin 1932 16
heures
(Photo Ebay)
La chaleur est caniculaire. Après une minute de silence en
l’honneur d’André Boillot, pilote Peugeot décédé le 8 Juin 1932 dans un
accident lors de la course de côte d’Ars près de Châteauroux, M. Gourdeau,
Député de la Sarthe
et secrétaire d’Etat au tourisme lâche les 32 bolides.
Dés le 1er tour, la Bentley no 5 de Trevoux se retourne à Maison
Blanche. Le pilote est évacué dans un hopital du Mans pendant que les
commissaires tentent sans succès de dégager la voiture de la piste.
Les Italiennes prennent la tête de l’épreuve.
Marinoni est parti pour disputer un Grand Prix, mais sans
doute gêné par la Bentley
immobilisée sur la piste, il sort de la route. Malgré une heure de travail pour
tenter de reprendre la course, le pilote Italien devra se résoudre à l’abandon.
Minoïa sur l’Alfa Romeo no 10 s’empare du record du tour en
5 minutes et 41 secondes (142,437
km/h de moyenne)
La Bugatti no 23 de Sébilleau-Delaroche devant la Citroen no 19
(Photo Le Mans - A pocket History - David Blumlein)
22ème tour
Minoïa sur l’Alfa Romeo no 10 alors en tête percute la Bentley no 5 mal stationnée
à Maison Blanche. C’est le carambolage et Edouard Brisson sur la Stutz no 3 qui suit de près
ne peut éviter l’obstacle. Quatre des favoris auront terminés leur course au
même endroit, deux Alfa, une Bentley et une Stutz.
23ème tour
Vers 19 heures, c’est l’abandon pour la Bugatti no 15 qui se
trouvait en 8eme position.
Parti sagement derrière les Alfa, une pierre est venue
perforer le réservoir. La voiture hoquete. Bouriat aidé par un commissaire
ramène au stand une voiture saine mais hors course. Chiron n’aura pas pris le
volant.
La Bugatti n° 16 tourne à allure régulière assez près des Alfa
25ème tour
Abandon de l’Alfa no 12 sur sortie de piste.
Alors en tête, l’Alfa Romeo no 11 de Cortèze-Guidotti s’arrête
pour changer le pare-brise, Birkin-Howe en profitent pour prendre le
commandement mais ils connaissent des problèmes avec une fuite au joint de
culasse.
98ème tour
Abandon de la
Bugatti no 24 sur sortie de piste à Mulsanne
110ème tour
L’Alfa no 9 de Birkin
Howe qui est en tête de la course abandonne à cause d’un réservoir crevé.
L’équipage Cortese-Guidotti sur l’Alfa no 11 prend la tête
de la course mais le circuit électrique et l’embrayage posent problèmes.
Après 12 heures de course, il ne reste que 12 voitures en
piste. Cortese-Cuidotti mène devant Sommer-Chinetti. La Bugatti no 16 est 3ème à 12 tours devant une Aston Martin et la Talbot.
A l’aube, la
Bugatti no 16 se réveille et revient sur les leaders au
rythme d’un tour et demi par heure.
20ème heure de course
A midi, l’Alfa Romeo no 8 de Sommer-Chinetti mène devant la Bugatti revenue à
seulement quatre tours. Le suspense va s’arrêter à 12h20. Bouclant son 180ème
tour, Friedrich s’immobilise vers Mulsanne. Une canalisation d’huile a cédé.
Arrivée
32 partants 9 à l'arrivée
2300 cc Alfa Roméo rouge n° 8 R.Sommer/L. Chinetti
2300 cc Alfa Roméo bleue n°11 F. Cortes/G.B. Guidotti
3000 cc Talbot n° 6 E. Lewis/T.E. Rose Richards
1750 cc Alfa Roméo n°18 Syko/J. Sabipa
1500 cc Aston n° 20 S.H. Newsome/ H. Widengren
1500 cc Bugatti n°23 J. Sebilleau/G. Delaroche
1500 cc Aston n° 21 A.C.
Bertelli/L.P. Driscol
1000 cc Amilcar n° 29 C.A.
Martin/A.Bodoignet
1100 cc Caban (Salmson) n° 26 R. Labric/Y. Giraud-Cabantous
Les vainqueurs Raymond Sommer et Luigi Chinetti sur
Alfa-Roméo no 8 carrossée par Figoni, ont parcouru 2954 km à 123 km/h de moyenne.
Victoire de l'Alfa Romeo privée face à l’usine et exploit de Raymond
Sommer qui a piloté 20 heures.
Dans le clan Alsacien, la Bugatti
no 23 termine 6ème au général et 4ème à l’indice de performance.
2 327
km à la moyenne de 96.959 km/h. Les privés font là aussi mieux que l'usine.
Bibliographie
24 heures du Mans 1923-1992 – Moity – Teissedre - Bienvenu
24 heures
du Mans 1994 – Teissedre - Moity
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